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jeudi, mai 3 2012

Tiens, au fait

Je n'ai pas arrêté de lire. De façon notable, depuis l'histoire de France bla bla bla, j'ai lu Women in Chains de Thomas Day (sur lequel je n'ai rien à dire de plus que les autres chroniques sur le web), Cosmonaut Keep de Ken McLeod (on dirait du Stross), et un ou deux autres trucs.

Je manque juste un peu de motivation pour en rédiger des compte-rendus. Vous inquiétez pas, ça arrive de temps en temps, et je finis toujours par revenir.

Là, je suis en plein dans Great Expectations, de Dickens ; et c'est jubilatoire. J'avais, de mes lectures passées de Dickens, gardé l'impression d'un sens de l'humour assez pointu, mais j'avais oublié à quel point c'est drôle. Bref, voilà.

dimanche, avril 15 2012

Farewell Horizontal, K. W. Jeter

Ny Axxter est un graffex ; comprendre un graphiste qui conçoit les hologrammes animés qui ornent les armures, emblèmes, icônes des tribus militaires. Il vit là où sont ses clients, à la verticale − accroché à la surface extérieure du Cylindre, le bâtiment-univers aux dimensions colossales, plus haut que les nuages. Être à la verticale n'est pas qu'une situation physique, c'est aussi un état d'esprit, une liberté absolue (souvent de crever de faim ou de tomber dans les nuages et au-delà, certes) qui s'oppose au labeur aliénant, presque de l'esclavage, des habitants de l'horizontale, comprendre l'intérieur du Cylindre.

L'univers d'Axxter est dominé par la Bourse − il est souvent payé en actions dans les tribus militaires pour lesquelles il travaille, et de toute façon, tout s'achète et tout se vend −, Ask & Receive, le fournisseur d'informations, autorité impartiale qui achète rubis sur l'ongle toute information (vidéo, témoignage, rumeur etc.) et les revend à prix d'or. Cartes, actualités, même les cours de Bourse : tout est contrôlé par Ask & Receive. Qui, heureusement, ne prend aucune part à aucun événement. Il en va de sa crédibilité.

Un matin, Axxter voit des anges (des humains modifiés, aériens, datant d'avant la Guerre). Un peu plus tard, il trouve un champ de ruines ; il essaie de vendre l'information à Ask & Receive, mais ils ne sont pas intéressés et ne lui proposent qu'un prix très bas.

Le lendemain, la tribu militaire la plus puissante du Cylindre fait explicitement appel à ses services…

En lisant ce livre, j'ai eu l'impression tenace de lire quelque chose des années 70, un roman proto-cyberpunk héritant du schéma narratif de livres tels que Le Monde Inverti de Priest (qui n'a rien à voir, si ce n'est que l'on suit un personnage dans un monde radicalement différent, dans ses normes sociales et même dans ses lois physiques, avec le nôtre). Et pourtant, c'est en 1989 que Farewell Horizontal est sorti… cinq ans après Neuromancien, donc on ne peut pas vraiment parler de proto-cyberpunk (et pourtant, les réseaux, le hacking, l'asymétrie d'information sont des thèmes importants.)

Alors, qu'est-ce que ça donne ? L'histoire générale est assez banale (Axxter trébuche sans s'en rendre compte sur le secret d'un complot à l'échelle planétaire, vit des péripéties, et finit par mettre au jour ledit complot ; à la fin, ayant tiré un trait sur son existence passée et incertain de son futur, mais ayant acquis par là-même une certaine sénérité, il s'en va vers le soleil levant[1]) mais on n'est pas là pour ça ; c'est le dépaysement qui intéresse. Et là, cette société construite dans un monde impossible, à l'ombre d'une Guerre mystérieuse dont on ne saura rien, fournit ce qu'il faut. Je ne suis donc pas ressorti déçu du voyage.

Note

[1] Toute l'action, ou presque, se situe sur la face Est du Cylindre.

samedi, avril 7 2012

Singularity Sky (Crépuscule d'Acier), Charles Stross

Vais-je chroniquer ce bouquin ? Ce n'est pas forcément nécessaire, tant l'impression est forte que tout a été dit dessus (voir sa fiche sur nooSFere ; je suis particulièrement d'accord avec la critique de B. Bonnet, tout à la fin).

Mais bon ; pour ceux qui veulent un résumé, disons que c'est un space op post-singularité où l'humanité est placée sous la tutelle de son propre descendant, l'Eschaton, une entité transcendante venue du futur et profondément hostile à toute action pouvant potentiellement prévenir son avènement. Un bon vieux Terminator en plus badass, et sans Schwarzenegger, en somme.

Pour le reste, c'est du Stross, avec son style « Internet Puppy » (© C. Priest), son humour et ses gags de geek, et son foisonnement d'idées. J'ai particulièrement aimé le chaos incarné par le Festival, accompagné de son lot de Critiques, son Fringe (le Off, dit-on à Avignon) oscillant entre la brillance occasionnelle et le mauvais goût, ses Videurs chargés du service de sécurité… Le Festival d'Édimbourg[1] comme métaphore du chaos destructeur / régénérateur, fallait le faire.

Sinon, les critiques visées plus haut sont assez juste ; les rebondissements de l'intrigue sont souvent inutiles, les passages plus intimistes sont globalement ratés, et la trop longue section militaire est particulièrement lassante. Des défauts majeurs qui font que le bouquin échappe au qualificatif de chef-d'œuvre ; mais à défaut d'être un excellent Stross, cela reste un Stross, et même un bon Stross : quelque chose qui se lit bien (éventuellement en sautant les paragraphes pan pan boum boum dans l'espace), qui fourmille d'idées rigolotes, et dont la grande cohérence spéculative échappe à l'aridité grâce à l'humour omniprésent.

Note

[1] On rappellera que c'est là qu'habite Stross ; le terme de Fringe fixe définitivement la référence.

mardi, mars 20 2012

L'histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça, Catherine Dufour

Du courage, il faut le dire. Même si j'y risque ma vie. Sérieux.

Ce bouquin a un gros défaut.

Là, ça y est. Pfiou.

Le défaut ? C'est qu'il attend la toute fin pour signaler qu'il y a des trucs à voir sur le site web de Catherine Dufour. Et que du coup, on n'a pas les illustrations au fur et à mesure de la lecture… Une autre façon de faire aurait été de faire un bouquin illustré, m'enfin ça aurait fait un peu trop « beau livre »…

Bref.

De quoi ça cause ? D'histoire de France. À qui ça s'adresse ? À ceux qui n'aiment pas ça. Mais encore ? C'est un guide de voyage, au travers les siècles. On croise la majorité des rois de France (des tas de Louis), quelques reines aussi, parce que ça fait bien. Il y a également un chroniqueur ou deux, mais à la limite, ce qui est le plus intéressant, c'est ce que raconte le guide. Catherine Dufour est capable de raconter n'importe quoi et le rendre intéressant. Elle serait fichue de citer le code des marchés publics et de rendre ça passionnant ! Comme tout bon guide elle sent quand l'attention vacille, coupe à l'essentiel et part sur une digression voire une anecdote (bla bla bla Philippe VI bla bla premier roi Valois bla bla oh ! une peste noire. Saviez-vous que c'est transmis par les puces des rats ? Et que la dernière épidémie en 1665 à Londres a eu lieu tout de suite après un massacre de chats pour raisons religieuses ? Faut-il être con quand même…)

L'exercice a les défauts de sa forme. Parfois la succession rapide de personnages donne le tournis ; on est plutôt content d'avoir une chronologie condensée à la fin pour avoir les jalons principaux, parce que bon, sans ça, je n'aurais pas retenu grand-chose. On peut (enfin, moi je) aussi regretter que les excursions hors de France soient si courtes… mais si on en parlait plus, ce ne serait pas une histoire de France. Et si certains événements sont évoqués bien trop rapidement (du 9 Thermidor, on ne donne même pas la date, on dit juste « pendant l'été »), eh bien, c'est parce qu'au fond, ce n'est pas le sujet. C'est de la vulgarisation, godsdammit!

Alors, succès ? S'il s'agit d'avoir écrit un bouquin éminemment agréable à lire, oui, assurément. Si l'espoir était d'inculquer aux indifférents quelques notions d'histoire, bah, sans doute aussi. Quand bien même je n'ai pas retenu grand-chose, j'ai tout de même appris que quand on déteste vraiment quelqu'un, on lui offre un Habsbourg ; et ça, c'est quelque chose que je n'oublierai pas de sitôt[1].

Note

[1] J'espère juste ne jamais en arriver là − ça coûte combien, un Habsbourg ? Et ça se trouve à Carrouf ?

samedi, mars 17 2012

The Day Aberystwyth Stood Still, Malcolm Pryce

Quelques minutes seulement après que le maire d'Aberystwyth lui-même et son simpleton de frère sont venus transformer mon bureau en petit bois, un client est venu me proposer une affaire. Il voulait retrouver un homme, disparu trente ans auparavant. « Disparu » comme dans « décédé » : Iestyn Probert avait été exécuté par pendaison pour le meurtre d'un policier… Mais des témoins − pas tous dignes de foi − disaient l'avoir entrevu depuis. Raspiwtin, c'était le nom du client, était persuadé que des extraterrestres l'avaient ressucité. Il était fou, mais payait bien : £200 tout de suite et autant si je retrouvais Probert.

Il m'indiqua que je pouvais commencer par chercher du côté des ruines de sa maison. Elle était en dehors de la ville. « Prenez le petit train touristique, me dit-il, après les falaises, sur la colline, il y a une zone d'herbe décolorée par la pollution dégorgée par l'ancienne mine de plomb. On dit que la tache ressemble, sous un certain angle, à la silhouette d'un canard : la maison n'est pas loin du bec. »

Le lendemain, nous étions dans le train, ma partenaire et moi. Nous n'étions pas seuls : un homme et son fils étaient là également. Nous échangeâmes quelques politesses. « Que faites-vous dans ce train ? » me demanda-t-il. « Nous recherchons un canard, » répondis-je. Il hocha la tête comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. « Il paraît qu'une tache d'herbe décolorée en a la forme, un peu plus loin, dit-il. Vous ne pouvez pas la rater, c'est juste à côté de l'ancienne maison d'Iestyn Probert. »[1]

C'est pour ce genre de passages que j'aime la série Aberystwyth de Malcolm Pryce. Un mélange de second degré, d'absurde, voire de surréalisme, tout cela enveloppé dans une forme de roman noir plus vrai que nature.

Louie Knight, donc, le seul détective privé de la station balnéaire décrépite − et néanmoins galloise − d'Aberystwyth, est donc aux prises avec une affaire d'extraterrestres, de premiers contacts et de Men in Black. Tout cela remonte à trente ans, au casse mené par Probert et deux complices alors que dans le champ d'à côté, à Ystad Meurig, se déroulait ce que les conspirationnistes du monde entier ont depuis pris l'habitude d'appeler le « Roswell gallois. »

Qui était Probert ? Est-il encore en vie ? Que veut Raspiwtin ? Comment le maire d'Aberystwyth est-il mêlé à cette affaire ? Qu'en pense le vieux prof de sport qui longtemps terrorisa Louie en le faisant jouer au rugby ? Et surtout − la chanteuse folk qui fait du pain d'épices pour les touristes a-t-elle la clé de l'énigme ?

Tant de questions. Il est possible que la réponse se trouve au comptoir de Sospan, le marchand de glaces au bord de la plage. Outre la vanille et la fraise, il a aussi des parfums spéciaux − sous le comptoir, voire sous clé dans un endroit tenu secret. Une boule de glace hallucinogène peut, paraît-il, ouvrir l'esprit. Au point de croire aux petits hommes verts ? Louie est sceptique. Calamity − sa fille adoptive et néanmoins partenaire − beaucoup moins. Elle a un stratagème : les Hommes en Noir sont, pense-t-elle, des agents extraterrestres. Pour tout savoir, il suffit de leur demander − et pour cela, il faut en rencontrer un. Rien de plus simple : ils se déplacent toujours en Buick 1947. Elle met donc une petite annonce dans le journal du coin : « vends Buick 1947, excellent état, prix modéré. »

C'est comme ça que Louie rencontre Joe (« Avec un H. » « Où ça ? » « Heu… où vous voulez. Vous le mettez où, d'habitude ? » « En fait, j'écris Joe sans H. » « Ah. Voilà qui est très ingrokkant. » « Après le J, ça ira ? » « Ah, oui, très bien. » « Bonjour, Jhoe. ») Qui connait peut-être, mais peut-être pas, le secret d'Ystad Meurig.

Bref.

Il faut, je pense, avoir un sens de l'humour assez particulier pour apprécier Pryce. Sur moi, ça marche à tous les coups… C'est le sixième tome des aventures de Louie Knight, et c'est toujours aussi savoureux. Le rythme s'est bien installé, les personnages secondaires aussi, et visiblement, Pryce s'amuse à pasticher − ou référencer − les différents genres. Après le roman d'espionnage de From Aberystwyth with love, voici la SF de premier contact. Et c'est génial.

Note

[1] Ce n'est pas une citation exacte, mais un résumé de mémoire. Vous saisissez tout de même l'esprit, je pense.

dimanche, mars 11 2012

Starship troopers (Étoiles, garde-à-vous !), Robert A. Heinlein

Des fois, il est bon de lire les classique. Oui, « lire » et pas « relire » : à ma grande honte, je n'ai pour ainsi dire jamais lu de Heinlein. Une vague histoire du futur, et puis c'est tout.

J'avais par contre entendu parler de sa réputation « d'auteur de SF le plus facho de tous les temps » et des démentis formels apportés à cette assertion par la majorité des gens qui ont, en fait, lu les bouquins.

Ah, et puis j'ai vu le film de Verhoeven, bien entendu. Et j'ai entendu dire qu'une nouvelle adaptation de Starship Troopers était en préparation… Il n'en fallait pas plus (mais c'est déjà pas mal, me direz-vous) pour titiller ma curiosité, et j'ai donc lu l'original.

Donc, l'histoire : Johnnie Rico est un jeune homme qui, plus ou moins par hasard, s'engage dans les forces armées (seul moyen d'obtenir le droit de vote, on y reviendra) au mauvais moment, puisqu'il finit son entraînement de base (dans l'Infanterie Mobile, les troupes de choc au contact de l'ennemi) à peu près au moment où les « incidents de frontières » et autres « escarmouches » entre les Terriens et les Arachnides (« Bugs ») se transforment en une guerre tout ce qu'il y a de plus active ; conflit qui tourne rapidement au bénéfice des Bugs. C'est donc, quelque part, l'histoire de la guerre spatiale, vue par le petit bout de la lorgnette, celui d'un soldat de base ; c'est aussi et surtout une exposition d'un système militaro-politique assez… particulier. La Fédération Terrienne fonctionne selon un principe simple : les forts règnent sur les faibles ; seuls les vétérans (qui ont passé au moins deux ans dans l'un des corps de l'armée) ont le droit de voter, d'être élus, ou de juger leurs pairs.

Le service militaire est lui-même une épreuve aussi rude que possible, conçue pour exclure tous les faibles de corps ou d'esprit. Il est possible de démissionner à tout moment ; les plus chanceux le font, les autres meurent ou sont mutilés pendant les exercices ; seule une toute petite minorité sort de là vivante. Et cela en temps de paix ; quand en plus un ennemi coriace, nombreux, bien organisé et généralement supérieur décime (et plus) les troupes, l'expérience n'en est que plus violente.

Structurellement, le roman est en deux parties bien identifiées : Johnnie le soldat, sa formation de base et son baptême du feu ; puis Johnnie l'officier, qui retourne à l'école et subit un nouveau baptême, mais aux commandes d'une section. Cela permet une certaine subtilité à l'auteur : dans la première partie, on constate l'indoctrination, l'acceptation par Rico de l'organisation politique de son univers ; à aucun moment n'est mise en doute la pertinence de ce gouvernement des vétérans. Dans la deuxième, au contraire, on lui demande de réfléchir, et on démonte un à un chacun des arguments bas-du-front pour ce système (les vétérans ne sont pas plus disciplinés que les autres ; ils ne sont pas moins portés sur le crime ; ils ne sont certainement pas plus intelligents). Simplement, lui explique-t-on, c'est le seul système qui fonctionne qui ait été trouvé...

Alors, Starship Troopers, roman fasciste ? Ça dépend de ce qu'on appelle ainsi. Il est certain que le roman présente une société fasciste, et − provocation ? − met au défi le lecteur d'encourager les personnages à perpétrer ladite société. Il n'est pas étonnant qu'une partie des lecteurs, passablement bas du front, y voient l'apologie d'un système autoritaire. A contrario, on y trouve aussi − surtout dans la deuxième partie, mais également en filigrane sur tout le roman − une forme de critique de l'autoritarisme, du lavage de cerveau, avec une apothéose à la toute fin, quand Rico, victorieux, s'estime très chanceux, et surtout d'avoir été entouré de personnages aussi « grands », « nobles » que ceux qu'il a croisés. Il en tire la liste − et le lecteur qui a un peu suivi se rend tout de suite compte que la quasi-totalité de ces mentors est morte, brutalement et bien trop jeune, souvent pour des raisons dérisoires.

Bref. L'auteur et le bouquin sont sans doute plus subtils qu'il n'y paraît de prime abord ; je ne me hasarderais pas à imaginer si Heinlein avait une thèse à avancer, et si oui laquelle (j'ai plutôt l'impression qu'il a voulu partir d'un point donné − imaginons une société fasciste qui marche − et dérouler la pelote pour en tirer les conséquences). Il n'empêche que Starship Troopers est un bouquin qui n'a pas vraiment vieilli (si ce n'est dans le sexisme affiché des personnages, et encore, c'est peut-être à dessein) et que c'est une lecture très intéressante, qui n'a pas usurpé son titre de classique de la SF.

(Si j'étais prof de lettres modernes, je le ferai lire et comparer à La Guerre Éternelle de Haldeman, écrit une dizaine d'années − et une guerre du Vietnam − plus tard. Il y a pas mal de rapprochements à faire, je pense.)

samedi, mars 10 2012

Halting State, Charles Stross

Un crime a été commis.

Une banque a été pillée.

Une affaire pour la police ? Mouiiiii… sauf que tout cela a eu lieu dans un jeu vidéo, Avalon Four, en 2017 ; et que la victime de l'affaire est surtout Hayek Associates, société qui gère sous contrat les économies virtuelles de plusieurs jeux dont Avalon Four. Cela est d'autant plus embarrassant qu'Hayek vient d'entrer en Bourse ; certains membres du comité de direction paniquent, et appellent la police.

Sue, une jeune flic mariée à une autre femme et co-mère d'un petit garçon (rappelons que l'Écosse est indépendante depuis 2012, et reconnaît l'union et l'adoption pour les homosexuels), est la première arrivée au siège d'Hayek. Elaine travaille pour une entreprise londonienne qui a audité les comptes de Hayek juste avant son entrée en Bourse. Elle est « comptable légiste » (investigatrice financière) et est dépêchée sur place pour déterminer s'il y a eu malversation, et de la part de qui − si la direction de Hayek est impliquée, cela signifie que son employeur a certifié ses comptes à tort. Quand elle se rend compte de la nature du crime, elle demande l'assistance d'un consultant spécialisé en architecture de jeux vidéos ; qui de mieux que Jack, programmeur soudainement au chômage suite à l'abandon du projet sur lequel il travaillait ?

Au travers de ces trois points de vue le lecteur découvre l'histoire d'un futur proche où tout est connecté, où la réalité est « augmentée » par des lunettes à LCD, rajoutant des couches d'information supplémentaires (des indices et annotations d'enquêtes pour les flics, des jeux et des simulations pour les pékins lambda[1]). Le jeu vidéo, massivement multijoueurs, dans des univers simulés ou à réalité augmentée (et ne parlons pas des jeux de rôle en grandeur nature), est plus qu'une industrie, c'est devenu une composante essentielle de la vie moderne. L'ensemble s'exécute sur une architecture distribuée sur l'ensemble des matériels connectés et repose sur une cryptographie solide et théoriquement inviolable. Le casse de la banque centrale d'Avalon Four n'aurait pas dû être possible ; et signale potentiellement quelque chose de bien plus grave pour la jeune nation écossaise (et l'Europe dans son ensemble.)

Alors, est-ce bien ?

Commençons par le négatif : la forme est très moyenne. Le récit alterne entre les trois points de vue, de manière cyclique, toujours dans le même ordre (Sue-Elaine-Jack-Sue-Elaine-Jack etc.) En soi, pourquoi pas ; mais Stross a eu la mauvaise d'idée d'écrire le roman à la deuxième personne. Chaque chapitre s'adresse donc à l'un des trois personnages principaux, lui disant « Tu t'es levée de mauvaise humeur ce matin. Tu as pris ton café… » Autant cela fonctionne bien au début, et pourrait très bien dynamiser une nouvelle, disons, autant sur la longueur ça lasse.

Pour le reste… bah, c'est de l'or en barre. C'est bourré d'idées sympa (beaucoup plus, sur 300 pages, que dans un Reamde sur le même thème qui pèse 1100 pages…), il y a un vrai suspense et des retournements de situation qui m'ont pris par surprise[2]. Le background est fantastique, et les personnages, s'ils sont un peu caricaturaux de temps à autre[3], sonnent assez juste et se révèlent touchants au final. L'intrigue mêle finance, économie, informatique, procédure policière et même un peu d'espionnage, et la mayonnaise prend rudement bien.

Bref ; Stross avait été pour moi la découverte majeure de 2011. Mon enthousiasme avait été un peu refroidi suite aux Princes Marchands que j'ai abandonnés en cours de route, mais le voici tout ravivé ; et je compte bien me procurer Rule 34, la suite de ce Halting State, très prochainement.

Notes

[1] À un moment, Jack fait même un tour par Ankh-Morpork, en surimposant le Disque-Monde à Édimbourg…

[2] Mais je suis bon public, j'essaie rarement de deviner où va l'histoire.

[3] Surtout Jack… mais je suis particulièrement sensible à l'archétype du programmeur qui bosse toute la nuit sur des projets qu'il n'arrive pas à expliquer au commun des mortels, etc.

samedi, février 18 2012

Consider Phlebas, Iain M. Banks

Je suis dans une période Banks… À vrai dire, à part en ce qui concerne le Bruneau[1], pour lequel j'avais une certaine trépidation de savoir comment ça avait changé en six ans, je relis patiemment tout le contenu de ma table de nuit (un carton plein de Banks, entre autres) en attendant que Daelf me rende mon Kindle.

Bref.

Consider Phlebas[2] (« Une forme de guerre » en français) fut le premier roman du cycle de la Culture à trouver éditeur. J'ai la vague impression d'avoir lu quelque part que The Player of Games a été écrit en premier, mais c'est peut-être une erreur. Quoi qu'il en soit, il est évident que Banks a longtemps mûri l'idée de la Culture, car dès ce premier tome, boudiou, ce que c'est riche !

Petit rappel, pour ceux qui ignorent de quoi ça parle : la Culture est une civilisation extraterrestre mais humaine (les humains, dans un sens très large, ont évolué indépendamment sur de nombreuses planètes), qui a dépassé le stade de l'économie de limitation[3] : en d'autres termes, l'énergie comme la matière et sa transformation sont tellement abondants et aisés qu'une économie basée sur le travail et l'échange (troc ou finance, cela revient au même) est obsolète. La Culture ne connaît pas le concept d'argent, ni de pouvoir, ni de hiérarchie ; c'est une vision du futur[4] où le destin de l'humanité est de vivre dans une anarchie hédoniste[5], grâce aux progrès technologiques, et en particulier grâce à l'avènement des Mentats (Minds), intelligences « artificielles »[6] incomparablement plus intelligentes que nous, et bienveillantes. Pour simplifier, la Culture se définit elle-même comme les « gentils » de la galaxie ; elle a un sens moral très élevé (le génocide, c'est mal, le plaisir de tous, c'est bien), n'hésite pas à intervenir pour promouvoir le « bien » dans les sociétés moins avancées, etc. L'ensemble des romans de la Culture[7] traite globalement de l'ambiguïté de cette position : est-il moral d'imposer sa morale aux autres ?

En l'occurrence, dans Phlebas, la Culture est en guerre, contre les Idirans, une civilisation de niveau technologique similaire mais gouvernée par une idéologie religieuse. Par principe, la Culture ne peut que s'opposer à l'intégrisme des Idirans ; s'ensuit une confrontation titanesque, dans tous les sens du terme. Ici, nous sommes en contact avec un épiphénomène, un détail insignifiant de l'histoire du conflit ; l'aventure d'un Mentat nouveau-né, attaqué par les Idirans, réfugié sur une Planète des Morts protégée par un Dra'Azon (une civilisation crainte autant par la Culture que par les Idirans). Et plus particulièrement, des expéditions qui sont menées par les deux camps pour retrouver ledit Mentat.

Banks ne manque pas de flair. Dans ce roman, son coup de génie est de présenter l'histoire du point de vue de l'ennemi ; Bora Horza Gobuchul, le personnage principal de l'affaire, est un Changeur, un humain capable de modifier son apparence au gré de ses besoins, et allié aux Idirans. Horza, philosophiquement, est contre la Culture car cette dernière déresponsabilise l'humain : ce sont les machines qui décident de tout ! Alors, il va risquer sa vie, et celle de ceux qui lui sont chers, dans sa quête pour faire « perdre » la guerre à la Culture. C'est lui que l'on suit, et sa relation avec Perostek Balveda, agent de la Culture contre qui il se retrouve la plupart du temps et avec qui il a quand même bien plus en commun qu'avec ses alliés… On a donc droit ici à un personnage plein de contradictions, qui ne sait plus trop où il en est, qui a des motivations de l'ordre de l'absolu moral en opposition directe avec ce qui lui arrive concrètement. Autrement dit, un bon vrai roman psychologique au sens noble du terme.

Ce qui n'empêche pas le bon vieux sense of wonder de fonctionner. Consider Phlebas est un space opera qui s'assume ; on y trouve des vaisseaux spatiaux, de l'hyperespace, des mercenaires, des fusils laser, des jeux de hasard, des scènes de destruction massive, des navires de plusieurs kilomètres de long, des bombes nucléaires, bref : tout ce qu'il faut pour captiver l'imagination autant que l'empathie des lecteurs.

À ce titre, et considérant que Phlebas est un premier roman de SF[8], c'est une réussite complète, et une entrée en matière impressionnante, digne du grand maître du genre que Banks est devenu.

Vingt-cinq (putain ! tout ça !) ans après sa sortie, le roman n'a pas pris beaucoup de rides. Certains passages à propos d'ordinateurs font un peu tiquer, mais à peine. Si l'on peut avoir une approche rétrospectivement critique vis-à-vis de Phlebas, c'est en comparaison avec le reste de l'œuvre de Banks. On peut lui reprocher une structure essentiellement linéaire, composée d'épisodes : le héros fait ceci, puis cela, puis encore ceci. Cela contraste avec la maîtrise de la dislocation que Banks exhibe dans la plupart de ses autres romans (voir Use of Weapons, par exemple, ou plus encore Transition), où la narration n'est qu'exceptionnellement linéaire… On a un peu l'impression d'un auteur qui a tellement de Grandes Idées à transmettre qu'il en néglige la construction du roman ; ou peut-être est-ce un éditeur trop frileux pour sortir un bouquin trop sophistiqué dans sa narration dans une collection de genre ?

Toujours est-il qu'il faut bien se rendre à l'évidence : Banks, même à ses débuts en SF, est ou était largement au niveau de ses contemporains ; tellement qu'il faut le comparer avec le même Banks plus tard pour y trouver des défauts. C'est impressionnant. Cela rend humble ; pour quelqu'un qui a quelque velléité d'écriture (comme tous les gros lecteurs, je taquine le clavier), c'en est presque décourageant. Banks est, et était dès le début, un monument ; le fait qu'il soit l'un des auteurs les plus lus en Grande-Bretagne est un signe très encourageant, car son style est tout sauf facile. Une dizaine d'années après avoir lu le bouquin pour la première fois, vingt-cinq ans après la première sortie du bouquin, vingt-huit après son premier jet, je ne peux être que foutrement impressionné.

Notes

[1] 'Tain, ça fait bizarre de parler ainsi d'une amie de quinze ans.

[2] Réfénce à un poème de T. S. Eliot, The Waste Land.

[3] Pour un autre point de vue sur l'économie post-scarcity, voir ''Dans la dèche au royaume enchanté'' de Doctorow.

[4] Plus ou moins : Phlebas et, encore plus, The State of the Art notent que l'histoire du développement de la Culture se déroule grosso modo pendant que nous sortons du Moyen-Âge et que nous atteignons l'âge de raison. N'empêche ; on peut voir la Culture comme un futur possible, sinon plausible, du moins que l'on peut espérer, pour l'espèce humaine issue de la planète Terre.

[5] Pas d'état, et une société résolument orientée dans le sens de la maximisation du bonheur de ses membres.

[6] Au détail près qu'il s'agit de la nième génération d'IA conçue par la n-1ème, pour un n très élevé : à ce stade, peut-on parler d'artifice, ou doit-on parler d'évolution ?

[7] Je refuse de parler de « cycle » dans la mesure où il n'y a pas de trame narrative unifiée.

[8] Banks avait, déjà, publié plusieurs romans en collection blanche, dont le très expérimental The Bridge alias Entrefer.

lundi, février 13 2012

(Pub copinage) Et pour quelques gigahertz de plus…, Ophélie Bruneau

Je ne suis jamais objectif, sur ce blog. Parce que je ne sais pas ce que c'est, une chronique de lecture objective, ou du moins, je ne sais pas faire. C'est toujours à travers le crible (plus ou moins pertinent) de ma subjectivité que j'appréhende les bouquins et que j'en parle.

Mais là, euh, je suis encore moins subjectif qu'en général, parce qu'Ophélie Bruneau est une ancienne camarade de classe (c'est la personne du petit monde du fandom que je connais depuis le plus longtemps, bar none) ; et au-delà de ça, ce bouquin, c'est l'issue d'un pari stupide fait à trois, en 2006 (« tiens et si on faisait le Nanowrimo ? »). J'ai donc un point de vue complètement biaisé. Soyez avertis, donc. Mais qu'importe.

Aller visiter un système stellaire sans histoire, établir un premier contact avec ses habitants probables : une mission de routine pour l'équipage du Viking, à peu près le pire de Starfleet la Spatiale ; a priori, surtout une bonne occasion pour tester ses nouveaux gadgets (des navettes aux noms féringiens, des mini-chasseurs, et une interface neurale directe pour son experte en communications.) Malheureusement, ils débarquent au moment même où les Ruxis se décident à la mener, cette bonne guerre interplanétaire qui mettra du plomb dans la cervelle de leurs jeunes ! Manque de pot supplémentaire, le graveleux et néanmoins officier scientifique Tikosh ne trouve rien de mieux à faire que de se faire kidnapper par des terroristes pacifistes. Pour Jean-Frédéric « crétin dangereux » Serrano, capitaine du Viking, ça devient compliqué…

La référence à Star Trek, période Nouvelle Génération, est évidente et assumée, bien que détournée ; on a affaire ici à un équipage qui est tout sauf héroïque… La quatrième de couv' (et la très sympathique page de remerciements) parle de Galaxy Quest ; bien entendu, il y a un lien de parenté au sens où c'est un point de vue au second degré de tout l'univers trekkie. Mais pour moi, s'il y a un parallèle à trouver, c'est avec Space Quest, série de jeux vidéo débiles des années 90 mettant en scène Roger Wilco, éboueur galactique, dans des aventures qu'auraient très violemment reniées Kirk et Picard. C'est un peu le même humour, pas toujours très fin, souvent en-dessous de la ceinture, faisant la part belle au calembour à deux balles[1], et extrêmement référencé… Pour classifier son bouquin, l'auteur parle de Geek Opera, et ça me paraît assez juste.

En un mot comme en cent, c'est une pure lecture-divertissement, à laquelle on pourra reprocher quelques maladresses à droite à gauche si on y tient, mais ce serait être bégueule. Parce que le Gigahertz, c'est drôle, ça se lit en quelques heures, et on en ressort en ayant bien ricané. Mine de rien, ce n'est pas si fréquent.

Et pour conclure, je ne dirai qu'une chose : un bouquin qui cite l'immense (et méconnu) Woody Gurusky ne peut pas être mauvais.

Note

[1] Mention spéciale aux titres de chapitres.

mercredi, janvier 25 2012

L'Usage des Armes, Iain M. Banks

Cheradenine Zakalwe est une barbouze de la Culture, cette civilisation hédoniste pan-galactique gouvernée par ses IA. Il n'appartient pas, en fait, à la Culture, mais est un agent extérieur, recruté pour avoir fait preuve d'un talent exceptionnel pour la chose militaire… En particulier en ce qui concerne le bon usage des armes, surtout quand il s'agit de transformer n'importe quoi − une chaise, un barrage hydraulique, etc. − en arme.

Mais Zakalwe est tourmenté. Il cache au fond de lui des névroses, des culpabilités, qu'il ne peut guère qu'essayer d'exorciser.

Ce roman est à la fois le récit de la dernière (en tout cas, la plus récente) mission de Zakalwe, et une série de flashbacks exposant son passé. Il y a une dizaine d'années, ce fut mon premier contact avec la Culture ; à l'époque, j'avais trouvé le roman ardu, à cause de sa structure temporelle explosée (il est difficile de s'y retrouver au début, les chapitres « passés » étant dans un ordre vaguement antéchronologique mais eux-même entrecoupés de réminiscences de l'enfance du personnage.) Il faut également admettre que toutes les péripéties de Zakalwe n'ont pas le même intérêt… Enfin. À la relecture, on retrouve un peu les mêmes difficultés ; mais connaître le fin mot de l'affaire met un bon nombre d'éléments en perspective. Certains passages sont magnifiques, d'autres un peu moins − clairement, Banks a gagné en expérience depuis, même si l'on reconnaît déjà là sa patte.

Qu'en dire d'autre ? Ah oui − c'est un classique de la SF moderne. Pour autant, je ne le conseillerais pas forcément à tous ceux qui veulent découvrir Banks et la Culture : c'est peut-être le tome le plus « littéraire » de la série (au sens où il joue beaucoup sur la structure et les effets de style), ce qui est à la fois un bien − si l'on apprécie l'élégance formelle − et un mal − comme je disais, il peut être un peu rébarbatif.

Mais bon ; c'est avec un grand plaisir que j'ai retrouvé ce vieil ami.

jeudi, janvier 12 2012

Flux, Stephen Baxter

C'est marrant, je connais le nom de Baxter depuis une grosse dizaine d'années, et pas en bien. Je m'explique... Alors que les forums web n'existaient pas encore vraiment et les réseaux sociaux étaient des concepts expérimentaux, quand on voulait échanger avec d'autres internautes, on utilisait les newsgroups. Et donc, en bon fan de Pratchett, je participais pas mal à alt.fan.pratchett (afp pour les intimes.) Or les afpers aimaient se rencontrer, et faire de mauvais jeux de mots. Il s'est donc rapidement mis en place une sorte de concours, stipulant que lors de ces rencontres l'auteur du plus mauvais jeu de mots de la journée recevrait en prix le plus mauvais bouquin que l'on puisse trouver.

Pendant longtemps, le prix en question fut un Baxter, Mammoth. Une incursion dans le domaine de la littérature jeunesse, si j'ai bien compris, où l'on découvre que les mammouths, loin d'être éteints, s'étaient juste isolés dans une province reculée de Sibérie ; redécouverts, il s'avéraient être intelligents et prêts à partager leur sagesse ancestrale avec les humains. Plus ou moins, je ne me suis pas trop intéressé au sujet (j'ai juste noté que le troisième tome parle de la colonisation de Mars par les mammouths.)

Bref ; aussi, ma surprise fut grande en découvrant que le même Baxter était un auteur de hard science particulièrement apprécié. J'avais donc noté quelque part dans un recoin de mon cerveau qu'il fallait que j'en lise un, un jour. Aussi, quand on[1] m'a refilé un tas de bouquins dont le Flux dont je vais vous causer, je me suis dit : chouette !

Alors, de quoi ça cause ?

Dura, Adda et Farr sont des sauvages, qui vivent d'agriculture et d'élevage de subsistance dans une contrée inhospitalière. Un jour, leur village est détruit par une catastrophe naturelle (ça arrive) ; pire, leur troupeau de cochons est perdu ! Ils vont donc dans la forêt voisine pour tenter d'en capturer de nouveaux, histoire de reconstituer un cheptel. La partie de chasse tourne mal et le vieil Adda est grièvement blessé ; ses compagnons le croient perdus jusqu'à ce qu'arrive une étrange boîte mobile, de laquelle sort un énergumène frêle et couvert d'étoffe (ha ha ha !) Toba Mixxax, c'est son nom, propose aux sauvages de les emmener, dans sa « voiture », à la « cité » voisine, où se trouve un « hôpital » où l'on pourra sans doute soigner leur ami. Arrivés à Parz, les héros se voient obligés de vendre leur travail pour « payer » les « frais médicaux » (mais où vont-ils chercher tout ça ?) ; mais rapidement, il s'avère que la même catastrophe naturelle qui a mis à mal la communauté des sauvages menace, à plus grande échelle, la cité toute entière. Adda, dépositaire du savoir ancestral que les citadins ont oublié, aidé par la courageuse Dura et Farr au cœur pur, est-il le dernier espoir de l'humanité toute entière ?

Bon, dit comme ça, c'est pas génial. C'est même tellement cliché que c'en est franchement nul.

Ah, mais j'ai oublié un détail : tout ceci se situe dans le manteau d'une étoile à neutrons, spécifiquement dans le plasma superfluide de nucléons (protons et neutrons) qui y règne. Dura &c. mesurent à peu près dix microns de haut, « voient » des ondes sonores propagées à grande vitesse dans le superfluide, « sentent » les photons qui s'y diffusent lentement et « entendent » des ondes de variations de température. Ils se meuvent en nageant « contre » (en fait, orthogonalement) le champ magnétique de l'astre, car leur corps est conducteur. La catastrophe naturelle dont il est question est une discontinuité dans la rotation du manteau, qui fait s'effondrer localement le caractère superfluide du plasma. Leur univers est bordé en haut par la Croûte de l'Étoile, en bas par la Mer Quantique.

Quand il veut dépayser, Baxter n'y va pas à moitié…

Bref.

De tout cela, on ressort quand même avec une vague impression de gâchis. Bah oui ; il est dommage d'imaginer un monde aussi radicalement différent du nôtre et d'y coller une intrigue qui rappelle furieusement Les dieux sont tombés sur la tête. Impression curieusement renforcée quand on arrive à la fin du bouquin, car le Bélial' a eu la bonne idée d'y adjoindre une chronologie générale (allant du Big Bang à la fin de l'univers, quand même) des écrits de Baxter ; on y voit confirmé le fait que ces 400 pages ne sont, en fait, qu'une anecdote mineure dans un arc bien plus intéressant. Autre sujet de déception, le style plutôt plan-plan surtout marqué par une surabondance de Majuscules. Les héros Nagent (ou Surfent) dans l'Air au-dessus d'une Cité ceinte d'une Peau renforcée par du Matos ; les riches vivent en Haut et les pauvres en Bas, près du Port, d'où partent les Cloches qui vont Pêcher ledit Matos aux plus près du Noyau, en descendant le long de l'Épine, suivant les lignes du Champ magnétique. Personnellement, je trouve tout cela Usant.

D'où une impression en demi-teinte ; clairement, je n'ai pas aimé Flux. Mais j'ai apprécié le background, la mise en place d'un environnement aussi étrange que possible, et la suggestion (enfin, sans spoiler, ce n'est pas qu'une suggestion) que cela s'inscrit dans une histoire de l'univers bien plus fouillée que le roman lui-même ne le montre. Je ne peux m'empêcher de comparer à Œuf de Dragon de Robert Forward, l'histoire d'une civilisation née à la surface d'une étoile à neutrons. La comparaison n'est sans doute pas juste, car j'ai lu le Forward il y a très longtemps, vers 1990, et à l'époque je n'avais certainement pas le même esprit critique qu'aujourd'hui. N'empêche : le Forward m'a fait une impression indélibile, et je doute que je me souvienne encore du Baxter dans vingt ans.

Je lirai sans doute d'autre Baxter, pour le background, sans doute des nouvelles. Mais je ne vais pas particulièrement me presser pour cela.

Ah, et un dernier mot : on ne peut qu'applaudir la traduction de Sylvie Denis et Roland C. Wagner. Vous me direz, les connaissant, ce n'est pas très étonnant… (et les mauvaises langues ajouteront que bon, ce n'est pas un bouquin qui brille par ses Qualités Littéraires, hein.) N'empêche ; il est rare que je ne discerne pas, « sous » une traduction, les formules originales, et là, c'est le cas. Dommage que l'édition que j'ai eue entre les mains soit entachée de trop nombreuses coquilles, m'enfin, rien de rédhibitoire non plus.

Note

[1] « On » se reconnaîtra ; merci « On » !

dimanche, janvier 1 2012

2012

Bon, eh bien, traditionnellement, on souhaite une bonne année le 1er janvier. Donc : bonne année à tous les amateurs de langoustes noires à pinces qui se demandent à répétition comment tuer des cafards avec du déodorant pour prostituée géorgienne[1].

De mon point de vue (perso, boulot, etc.) 2012 ne pourra qu'être meilleure que 2011. D'un point de vue général (si on tient compte de l'économie, la politique[2], etc.) c'est mal engagé, mais on va essayer de ne pas être trop pessimiste.

D'un point de vue bouquins, pour l'instant j'attends surtout Railsea de Miéville (un Moby Dick à la sauce Pompon, où l'on chasse en train des taupes bondissantes, si si) et le prochain Aberystwyth de Malcolm Pryce.

Allez, quelques bonnes résolutions pour l'année :

  • sortir la tête de l'eau, d'une façon ou d'une autre, au niveau boulot et arrêter de me faire bouffer par ça, pour me dégager du temps libre non stressé pour :
  • achever le premier jet de mes timestamps[3], ou :
  • faire un deuxième jet « assumable » de ma fantasy marxiste[4],
  • à défaut, pondre au moins une nouvelle et la faire publier, nom de nom[5].
  • et accessoirement, acheter un appart, parce que y'en a marre de payer un loyer (la question de savoir s'il est pertinent de s'endetter en plein milieu d'une récession est encore ouverte.)

Bref : bonne année !

Notes

[1] Les amateurs de SF ne lisent pas ce blog, donc je me contenterai de leur tirer la langue.

[2] Y'a quand même 4 des 5 membres du conseil de sécurité de l'ONU qui vont changer de gouvernement cette année, c'est pas rien. Sans parler du reste.

[3] Nom de code d'un texte − longue novella ou court roman − de SF très geek, où je me marre comme un bossu mais qui est très difficile à produire.

[4] Nom de code d'un texte − roman d'environ 400 000 signes − écrit l'année avant-dernière pour la catharsis, techniquement ce que j'ai fait de mieux pour l'instant mais trop moralement violent pour que j'en assume une éventuelle publicité.

[5] À noter que 2011 aura quand même été l'année où j'aurai eu un premier texte retenu, pour une antho chez un éditeur associatif connu pour prendre son temps... Donc 2012 sera peut-être, mais pas forcément, mon année de première publication.

mardi, décembre 27 2011

Les Princes Marchands (tomes 1 à 3), Charles Stross

Après des études de médecine et d'histoire de l'économie, Miriam Beckstein (qui a été adoptée quand elle avait six semaines) s'est reconvertie dans le journalisme économique, sous-section start-ups ; surtout dans les biotechnologies, mais sans dédaigner la bulle Internet. Lors d'une enquête de routine sur l'actionnariat de deux sociétés du secteur, elle tombe par hasard sur le scoop de sa vie, une gigantesque entreprise de blanchiment d'argent sale. Comme cela risque de faire des remous, elle en parle à sa direction… et se retrouve limogée sans préavis ni − point crucial − le temps de faire une copie des preuves qu'elle a découvertes. Car bien entendu, son journal appartient aux mêmes malfrats.

Voilà donc une jeune (relativement : la trentaine) femme, intelligente, avec de solides notions de médecine et d'entreprenariat (que ce soit aujourd'hui ou pendant la révolution industrielle), au chômage. Comme un malheur n'arrive jamais seul, elle découvre que ses parents biologiques étaient des aristocrates dans un monde parallèle resté médiéval, et qu'elle possède (comme toute sa famille) la capacité à passer d'un monde à l'autre. Sa famille s'en sert pour s'enrichir en trafiquant de l'héroïne (ils la récupèrent en Colombie dans notre monde, passent de l'autre côté du miroir, voyagent en calèche et en voilier jusqu'à l'équivalent de la Nouvelle-Angleterre, et retraversent pour en faire livraison. C'est long, mais cela garantit d'échapper aux gardes-côtes.) Elle, bien sûr, va imaginer des moyens plus moraux de profiter du talent familial... Si elle survit au sein d'un Clan qui ferait passer les Médicis et les Borgia pour des enfants de chœur.

Voilà, en quelques mots, l'histoire de la saga des Princes Marchands (six tomes), de Charles Stross. Une histoire plutôt originale, surtout dans son traitement (autant des histoires de « en fait je suis une princesse d'un pays éloigné » et de mondes parallèles sont assez courantes − bien que l'on trouve rarement les deux à la fois − autant aborder cela sous un angle essentiellement économique est, à ma connaissance, inédit). L'ensemble est d'ailleurs chaudement recommandé par Paul Krugman (éditorialiste américain et prix Nobel d'économie en 2008, ce qui n'est pas rien). Force m'est d'admettre que le background est particulièrement intéressant, ce qui fait que je me suis enfilé deux tomes et demi avant de caler.

Car j'ai calé. Pour la première fois chez Stross. Et pourquoi donc ? D'abord, parce qu'une grande partie de l'intrigue est cousue de fil blanc. Miriam est trop parfaite pour le rôle que lui donne l'auteur. Par le plus grand des hasards, tout à fait librement, elle a suivi précisément le cursus universitaire puis le parcours professionnel idéal pour endosser l'habit d'une entrepreneuse qui va (littéralement) changer le monde médiéval de ses parents pour le tirer, à son corps défendant, dans le siècle de la Roussette[1]. Ce faisant, elle va se heurter à ses conservateurs privilégiés de grands-parents, tomber dans les bras (et le lit) du premier bellâtre un tant soit peu sympathique qu'elle va croiser, être bouleversée quand ce dernier va (inévitablement) devenir une victime collatérale des chambardements qu'elle cause, etc.

Mais surtout, l'intrigue politique, les manœuvres dans les diverses factions du Clan, m'indiffèrent totalement. Et pourtant, c'est à ça que sont consacrés les deux tiers des pages des romans… qui du coup, n'avancent pas. Ça se traîne, de fusillade en présentation au roi, de manigances matrimoniales en (trop rares) business plans. À la fin du premier tome (The Family Trade), on est sur sa faim, mais on se dit que ce n'est qu'un tome d'exposition et que ça ira mieux après. À la fin du deuxième (The Hidden Family), on se dit que les préliminaires sont décidément bien longs mais que là, tout est en place pour que ça avance vraiment. Au milieu du troisième (The Clan Corporate), ça n'a pas bougé d'un pouce et on se dit qu'il y a peut-être d'autres bouquins plus intéressants ailleurs.

Au final, ça n'a pas grand-chose à voir, mais ça m'a fait le même effet que la série ''Foreigner'' (''Le Paidhi'', ''Le retour du Phœnix'') de C. J. Cherryh : si vous aimez les intrigues de cour, le héros idéaliste qui veut faire un monde plus égalitaire pour tout le monde envers et contre l'ordre établi, alors vous accrocherez. Mais là, moi, je me dis que je vais essayer de finir le tome 3 et sans doute passer à autre chose.

Note

[1] Oups, mauvais auteur, désolé.

lundi, décembre 26 2011

Ami qui fais des recherches Google…

… sache qu'une « langouste noire avec des pinces », en vrai, ça s'appelle un homard (cru ; quand il est cuit il vire à un beau rouge profond),

… sois déçu, car j'ignore tout de la réparation des langoustes congelées par mégarde (éventuellement, si tu lui colles un logo argenté et que tu l'emmènes au garage Citronnault du coin, sur un malentendu ça peut passer),

… apprends que ce n'est pas sur ce blog que tu auras la révélation sur les filières mafieuses de prostitution géorgienne (pourquoi géorgienne spécifiquement ?),

… aie confirmation que les Suédois boivent surtout du café (sauf quand ils mangent des écrevisses, mais c'est pas la saison),

… détecte tes répétitions grâce à Pleo,

… sois rassuré, tu peux manger des écrevisses congelées froides, mais pas trop froides, hein ? Faut les décongeler d'abord (24h au frigo, genre.) Sinon ça fait mal aux dents,

… et à part ça, oui, il y a quelques chroniques de lecture sur ce blog. Généralement plusieurs mois voire années avant la sortie de ces bouquins en français, parce que je lis majoritairement en VO. Mais sois rassuré, c'est très secondaire, la finalité première de ce site est de parler de crustacés, de publier des photos de rats moches, ou encore d'expliquer comment tuer des cafards avec du déodorant[1].

À part ça, joyeux Noël à vous.

Note

[1] En rangeant son déo et en allant à Leclerc acheter une bombe insecticide, globalement.

dimanche, décembre 11 2011

The Dervish House, Ian McDonald

J'avais beaucoup aimé Le Fleuve des Dieux (River of Gods), et The Dervish House a pas mal fait parler de lui l'année dernière ; donc, bah, je l'ai pris. Avec un peu de craintes, ceci étant, car le pitch ressemble beaucoup à celui du Fleuve... : les histoires entrecroisées et a priori dissociées d'un assez grand nombre de personnages dans le futur d'un de ces pays que l'on se plaît à désigner aujourd'hui sous le vocable d'émergent (là-bas, l'Inde, ici, la Turquie.) Et si la première fois ça tombait juste (ou non, pas mal de gens ont détesté le Fleuve…), je craignais que cela fasse redite.

À tort. Mais revenons aux bases.

The Dervish House, donc, se passe à Istanbul en l'an 2027. Suffisamment proche de nous pour que l'on ait des repères (la Turquie vient d'entrer dans l'UE et d'adopter l'euro, les gens roulent en Peugeot et Audi, les foules se pressent pour assister à un match Arsenal-Galatasaray) mais suffisamment loin pour que l'on puisse extrapoler : la nouvelle technologie à la mode est le nano, le gaz naturel a grosso modo remplacé le pétrole dans la vie de tous les jours, etc. Le roman expose les trajectoires d'une demi-douzaine de personnages reliés entre eux par un bâtiment, la maison de dervishes titulaire, c'est-à-dire un ancien tekke (au Maghreb on appelle cela une zaouïa), une sorte de monastères pour mystiques soufis ayant renoncé à leurs titres et possessions pour étudier les mystères de l'Islam. Je simplifie. Le tekke de la place Adam Dede a depuis bien longtemps été reconverti et intégré au tissu urbain : son rez-de-chaussée est occupé par une galerie d'art et deux salons de thé, les étages ont été découpés en appartements.

Y vivent Georgios Ferentinou, un économiste expérimental à la retraite, membre de la minorité grecque d'Istanbul, et autrefois (dans les années 1980) d'un mouvement révolutionnaire ; la famille Durukan dont le fils Can, 9 ans, atteint d'une maladie rare qui pourrait le tuer s'il entendait des sons violents, est condamné à la surdité artificielle et vit sa vie au travers de robots-jouets télécommandés ; Leyla Gültaşli, une jeune femme cherchant un emploi dans le marketing, à la famille étendue et étouffante ; Necdet, un jeune à la dérive, hébergé par son frère Ismet, fondateur d'un ordre islamiste local visant à rétablir une « sharia de quartier » ; une Géorgienne (dont on ne saura jamais le nom) soupçonnée, car elle fait partie d'une minorité pauvre, d'être une prostituée. En plus d'eux, on suit Ayşe Erkoç, propriétaire de la galerie d'art, et son époux Adnan Sarioğlu, trader spécialisé dans le gaz, ainsi qu'un cousin de Leyla, qui monte une startup dans les nanotechnologies et quelques autres représentants des Grecs d'Istanbul.

Quel rapport entre tous ces personnages, outre le tekke qu'ils habitent ou où ils travaillent ? Pas grand-chose. Et pourtant, quand Necdet réchappe à un attentat dans le tram et se met à avoir des visions de créatures surnaturelles, quand le cousin de Leyla l'engage pour lever du capital pour sa startup et accessoirement retrouver un autre cousin, malfrat et sans doute trafiquant de drogue, nominalement propriétaire de la moitié de son entreprise ; quand Can découvre que d'étranges robots de surveillance suivent son voisin Necdet ; quand Georgios est invité à participer à un groupe de réflexion sur la sûreté nationale, quand Ayşe est contactée par un homme d'affaires désireux de se procurer un artefact médiéval plus qu'à moitié légendaire alors que son mari monte l'arnaque du siècle, tous s'engagent dans une série d'événements hors du commun.

Comme dans Le Fleuve des Dieux, toutes ces histoires partent un peu dans tous les sens, il est difficile de s'intéresser à toutes, et on peut reprocher à l'auteur une certaine maladresse dans la façon dont elles sont réunies à la toute fin (sans spoiler trop, j'ai trouvé too much la façon dont les intrigues de Leyla et d'Adnan se rejoignent.) Est-ce grave ? Non ; j'ai beaucoup apprécié le roman, pour son foisonnement et surtout pour sa crédibilité. L'anticipation à court terme est toujours quelque chose de compliqué (et d'ailleurs, vu comme c'est parti ça m'étonnerait que l'euro existe encore en 2027... mais c'est un autre sujet). Il faut que le monde soit proche du nôtre, tout en ayant évolué socialement, politiquement et technologiquement ; un équilibre difficile à atteindre mais que McDonald réussit particulièrement bien. Pour le reste, si toutes les intrigues n'ont pas le même intérêt, certaines (la quête de l'Homme Mellifié, les aventures du jeune Can) m'ont captivé. L'ensemble est plus court et, il m'a semblé, plus digeste que Le Fleuve des Dieux.

Si j'ai bien tout compris, c'est le prochain McDonald à sortir en France, chez Lunes d'Encre. Tant mieux, car c'est un fort bon bouquin.

samedi, novembre 12 2011

REAMDE, Neal Stephenson

Autrefois pour faire sa cour, on parlait d'amour.
Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur.
Maintenant c'est plus pareil, ça change, ça change
Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l'oreille :
Ah, Michael Bay, viens m'adapter, et moi, je te donnerai

Une mafia russe,
Des pirates chinois
Des tas de hackers
et un jeu vidéo !

Une espionne anglaise,
pour faire des foutaises,
Des course-poursuites,
Pour aller bien plus vite.

Des islamistes,
Qui sont terroristes,
Des anciens Spetznaz,
Qui sont un peu nazes.

Autrefois s'il arrivait, que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait, en laissant la vaisselle.
Maintenant que voulez-vous, la vie est si chère,
On dit rentre chez ta mère, et l'on se garde tout.

Ah ! Michael Bay, excuse-toi, ou moi je reprends tout ça.
Les mafieux russes,
Les hackers hongrois,
Le jet privé,
Le trafic de drogue,
Les gold-farmers en Chine,
Le clone de Tolkien,
Les fusils d'assaut,
Les pistolets russes,
Les Kalashnikov,
Et les bons vieux Colts !

...

Bref. Tout ça pour dire que Stephenson, qui est pourtant l'un des écrivains les plus fascinants du moment (voir ici ou , par exemple), a produit un techno-thriller épileptique. Ça tire de partout, ça ne s'arrête jamais, ça ressemble à un appel du pied à Michael Bay (ou l'un de ses clones) pour faire une adaptation. Certes. Le problème, c'est qu'un film de Michael Bay, ça ne dure pas beaucoup plus de deux heures. Un bouquin de plus de mille pages, c'est bien plus long.

Et c'est chiant.

Je n'en suis pas à la moitié, et j'envisage de laisser tomber. Grosse déception, donc.

Edit

Je suis un monstre de perversité, tout le contraire d'une soeur de charité, et je me suis donc accroché jusqu'à la fin. Ben... Ça n'en valait pas la peine.

dimanche, octobre 16 2011

Fin d'une époque

Demain, le 17 octobre 2011, le nom de domaine lepcf.org expirera. Quelques jours plus tard, au mieux, la propagation DNS aura fait son œuvre et le site ne sera plus accessible. Le domaine aura donc vécu onze ans, mais le site dessous a été créé plusieurs années plus tôt, vers la fin de l'année 1997. Soit il y a 14 ans… ce qui à l'échelle d'internet n'est pas mal du tout, même si cela fait plusieurs années qu'on l'a laissé à l'abandon.

Bref.

RIP lepcf, on a vécu de belles choses ensemble.

mardi, octobre 11 2011

The Fuller Memorandum, Charles Stross

J'ai beaucoup aimé Le bureau des atrocités et The Jennifer Morgue, et j'ai déjà eu l'occasion d'en parler. Ce Fuller Memorandum n'est autre que le troisième volet des aventures de Bob Howard à la Laverie, cette fois-ci confrontée à une perspective terrible (à laquelle il est déjà fait référence dans Jennifer Morgue), rien moins que la fin du monde (nom de code : CASE NIGHTMARE GREEN).

Alors, c'est bien. Le mélange humour geek-horreur Lovecraftienne fonctionne toujours ; Bob est aux prises avec une secte apocalyptique et une fuite au sein même de la Laverie, et pour se défendre, utilise un iPhone. Pire, sa nouvelle manager fait preuve d'une remarquable efficacité et accepte de l'écouter quand il explique pourquoi c'est vraiment une très mauvaise idée de sous-traiter la pose des câbles réseaux dans le nouveau bâtiment de la Laverie.

Ceci étant, le ton est ici bien plus sombre que dans les deux tomes précédents. Il est question de la fin du monde, quand même, et les personnages n'en ressortent pas intacts. Il faut applaudir le talent de Stross, qui arrive à nous faire prendre au sérieux une invasion de zombis dans le plus grand cimetière de Londres, le tout centré autour d'un type qui fait des blagues sur Microsoft.

Que dire d'autre ? Pas grand-chose, car je n'ai pas envie de trop en dévoiler ; disons que ceux qui ont été séduits par le mélange des genres des premiers tomes de la série continueront à être happés, et les autres, ben, s'ils n'ont pas aimé les deux premiers, pourquoi est-ce qu'ils liraient le troisième, hein ?

Si, quand même un mot. Au niveau de la construction, de l'intrigue, etc., ce roman-ci est nettement plus abouti que les deux premiers. Ce n'est peut-être pas une coïncidence si c'est le plus long (mais ça reste − heureusement − très digeste, surtout après un Willis) et surtout le seul qui n'est pas ouvertement une parodie. Après avoir pastiché Deighton et référencé Fleming, Stross fait du Stross original, et c'est très bien. Dans un autre registre, ça me fait penser à Pratchett, qui a commencé avec de la pure parodie et qui aujourd'hui fait du Pratchett. On ne peut que souhaiter à Stross autant de succès, et à la Laverie un avenir aussi fructueux que le Disque-Monde.

Blackout / All Clear, Connie Willis

Si elle a écrit d'autres romans (notamment le sympathique Bellwether et le longuet Passage), Connie Willis est surtout connue pour ses romans sur les historiens d'Oxford qui voyagent dans le temps pour se documenter sur les époques passées. De fait, Les Veilleurs du Feu, Le Grand Livre et Sans parler du chien sont des bouquins à côté desquels il serait dommage de passer. Surtout Sans parler du chien. La renommée de ces romans un peu plus (mais pas beaucoup) historiques que sfiques est telle qu'elle est désormais assurée de gagner le Hugo à chaque fois qu'elle en sort un nouveau.

En l'espèce, Blackout et All Clear, qui sont un seul roman coupé en deux, et où l'on retrouve le professeur Dunworthy et sa clique d'historiens voyageurs du temps, cette fois-ci plantés au temps du Blitz en Angleterre. Willis aime beaucoup la seconde guerre mondiale, c'était déjà là qu'elle avait situé Les Veilleurs du Feu. Est-il nécessaire de signaler que le dyptique a eu le Hugo cette année ?

Bref : Eileen O'Reily (de son vrai nom Merope Ward, mais ça ne fait pas d'époque), Polly Sebastian (Churchill en vrai, mais se balader avec un nom pareil pendant le mandat du Winston du même nom est appeler les ennuis) et Mike Davis (Michael Davies, mais ça ne fait pas assez américain) sont envoyés, en même temps mais à des périodes différentes, observer de première main la seconde guerre mondiale en Angleterre. Eileen couvre les évacuations d'enfants juste avant le Blitz, en se faisant embaucher comme domestique dans un manoir du nord de l'Angleterre, fin 1939. Polly étudie la vie dans les abris pendant le Blitz, à Londres, en septembre 1940 ; et Mike se rend à Douvres en mai 1940 pour observer l'évacuation de l'armée britannique depuis Dunkerque, et plus spécifiquement le rôle qu'y ont joué les propriétaires de petits bateaux civils.

Et bien sûr, rien ne va comme prévu : à la fin de sa mission, Eileen est bloquée dans son manoir par une quarantaine imposée suite à une épidémie de varicelle. Quand enfin elle peut sortir, son drop[1] ne peut plus s'ouvrir, car les lieux sont réquisitionnés par l'armée. Le drop de Polly ne s'ouvre pas, car il a été touché par une bombe allemande ; et quand à Mike, il voit la bataille de Dunkerque de plus près que prévu puisqu'il est conscrit d'office sur l'un des petits vaisseaux qu'il voulait étudier, s'y fait gravement blesser au pied, et passe plusieurs mois à l'hôpital. Quand il en sort, un emplacement d'artillerie a été construit sur son drop, le rendant inatteignable.

Nos trois personnages vont donc passer un certain temps à essayer de se retrouver les uns les autres, puis à envisager des stratégies pour retourner en 2060 ; mais surtout, à survivre au milieu d'une campagne extrêmement violente de bombardement, déclenchée par Hitler pour saper le moral des Anglais… et qui a presque réussi.

Alors, comment dire ? Comme d'habitude chez Willis, ce qui prime est l'humain. Et ici, elle n'a pas eu besoin de se forcer : le Blitz a été, sans aucun doute, une des périodes les plus denses en drame humain de notre histoire récente. Le récit est − bien entendu − très bien documenté, et on apprend beaucoup de choses sur la vie quotidienne pendant la guerre, notamment la simple difficulté de survivre (une des préoccupations majeures des héros est de se procurer des manteaux…) Quant à l'écriture, elle est pareille à elle-même : fluide, agréable, agrémentée d'un humour certain. L'ensemble (plus de mille pages) se dévore, jamais on ne s'ennuie.

Mais après avoir refermé le deuxième tome, on se prend à se dire : tout ça pour ça ? L'ensemble est indubitablement long. Très long ; trop long. L'intrigue est tellement diluée dans ce flux continuel de petites horreurs et d'atrocités quotidiennes qu'on se prend à se demander si elle en valait vraiment la peine... Plus d'une fois, je me suis pris à penser que Willis aurait pu avantageusement supprimer les références au voyage dans le temps et écrit simplement la chronique de trois âmes perdues pendant le Blitz. Elle aurait certainement gagné un lectorat supérieur, et ce pour un coût somme toute faible, tant l'intrigue générale est faible.

Je ne regrette pas d'avoir lu ce livre. Mais je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine semi-déception. Au final, sous ses apprêts de roman de science-fiction, c'est plutôt un documentaire sur le Blitz (et la guerre en général) qu'on a là : un très bon documentaire, certes, mais pas forcément ce que j'étais venu chercher.

Notes

[1] « portail temporel », j'ai la flemme de chercher dans les autres bouquins la traduction française orthodoxe.

vendredi, septembre 9 2011

The Jennifer Morgue, Charles Stross

Je vous ai parlé il y a peu du Bureau des Atrocités. Eh bien, The Jennifer Morgue en est la suite, au sens où ce sont les mêmes personnages un peu plus tard ; mais c'est également subtilement différent, car là où The Atrocity Archive pastichait les romans d'espionnage de Len Deighton, ici, c'est de James Bond (la version papier, mais également ses avatars filmiques) qu'il s'agit.

Et c'est génialissime, et plutôt malin dans le traitement (ce n'est pas qu'une bête parodie, car les personnages connaissent Bond et s'y réfèrent, et savent qu'ils sont en train de jouer un mauvais Bond… Bref, c'est méta.)

Bref. De quoi ça cause ? Bob Howard est toujours un geek, expert en démonologie assistée par ordinateur ; il travaille toujours pour la Laverie (the Laundry), l'agence de sécurité occulte britannique ; et il est toujours empêtré dans des cauchemars bureaucratiques, à se battre contre les Ressources Humaines et à essayer de parfaire sa connaissance des procédures de liaison avec les partenaires européens. C'est d'ailleurs lors d'une réunion d'un comité exécutif sur lesdites procédures, à Darmstadt, qu'il rencontre Ramona, femme fatale et néanmoins espionne pour le compte de la Chambre Noire (l'équivalent américain de la Laverie). Des ordres inédits apparaissent alors : il doit faire équipe avec elle, s'envoler vers les Caraïbes pour mettre un terme aux agissements d'un multi-milliardaire qui menace rien de moins que l'existence de l'espèce humaine. Pour ce faire, il doit apprendre à porter le smoking, tirer au Walther P99, et conduire une voiture truffée de gadgets plus dangereux les uns que les autres[1].

Bref, vous aurez compris, on est en plein dans l'archétype flemingien. Comme je le disais plus tôt, c'est très habilement fait, et c'est très drôle (une grande partie du comique venant de l'inadéquation complète du personnage de Howard au rôle qu'il est censé jouer − ainsi, voyant qu'il n'a que des costumes trois-pièces à porter, il résout d'aller faire des courses pour se trouver quelque chose de plus « normal » ; et se précipite sur le réseau wi-fi de l'hôtel pour aller sur Thinkgeek.)

Peut-être est-ce parce que je connais mieux James Bond que Len Deighton, mais j'ai clairement mieux perçu les références ici que dans le Bureau des Atrocités ; ce qui fait que j'ai préféré ce Jennifer Morgue à son prédécesseur. Mais c'est aussi peut-être parce qu'il est tout simplement meilleur…

Notes

[1] Le budget de la Laverie n'étant pas extensible, l'Aston Martin a été remplacée au dernier moment par une Smart. Mais c'est l'intention qui compte.

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