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mercredi, janvier 25 2012

L'Usage des Armes, Iain M. Banks

Cheradenine Zakalwe est une barbouze de la Culture, cette civilisation hédoniste pan-galactique gouvernée par ses IA. Il n'appartient pas, en fait, à la Culture, mais est un agent extérieur, recruté pour avoir fait preuve d'un talent exceptionnel pour la chose militaire… En particulier en ce qui concerne le bon usage des armes, surtout quand il s'agit de transformer n'importe quoi − une chaise, un barrage hydraulique, etc. − en arme.

Mais Zakalwe est tourmenté. Il cache au fond de lui des névroses, des culpabilités, qu'il ne peut guère qu'essayer d'exorciser.

Ce roman est à la fois le récit de la dernière (en tout cas, la plus récente) mission de Zakalwe, et une série de flashbacks exposant son passé. Il y a une dizaine d'années, ce fut mon premier contact avec la Culture ; à l'époque, j'avais trouvé le roman ardu, à cause de sa structure temporelle explosée (il est difficile de s'y retrouver au début, les chapitres « passés » étant dans un ordre vaguement antéchronologique mais eux-même entrecoupés de réminiscences de l'enfance du personnage.) Il faut également admettre que toutes les péripéties de Zakalwe n'ont pas le même intérêt… Enfin. À la relecture, on retrouve un peu les mêmes difficultés ; mais connaître le fin mot de l'affaire met un bon nombre d'éléments en perspective. Certains passages sont magnifiques, d'autres un peu moins − clairement, Banks a gagné en expérience depuis, même si l'on reconnaît déjà là sa patte.

Qu'en dire d'autre ? Ah oui − c'est un classique de la SF moderne. Pour autant, je ne le conseillerais pas forcément à tous ceux qui veulent découvrir Banks et la Culture : c'est peut-être le tome le plus « littéraire » de la série (au sens où il joue beaucoup sur la structure et les effets de style), ce qui est à la fois un bien − si l'on apprécie l'élégance formelle − et un mal − comme je disais, il peut être un peu rébarbatif.

Mais bon ; c'est avec un grand plaisir que j'ai retrouvé ce vieil ami.

jeudi, janvier 12 2012

Flux, Stephen Baxter

C'est marrant, je connais le nom de Baxter depuis une grosse dizaine d'années, et pas en bien. Je m'explique... Alors que les forums web n'existaient pas encore vraiment et les réseaux sociaux étaient des concepts expérimentaux, quand on voulait échanger avec d'autres internautes, on utilisait les newsgroups. Et donc, en bon fan de Pratchett, je participais pas mal à alt.fan.pratchett (afp pour les intimes.) Or les afpers aimaient se rencontrer, et faire de mauvais jeux de mots. Il s'est donc rapidement mis en place une sorte de concours, stipulant que lors de ces rencontres l'auteur du plus mauvais jeu de mots de la journée recevrait en prix le plus mauvais bouquin que l'on puisse trouver.

Pendant longtemps, le prix en question fut un Baxter, Mammoth. Une incursion dans le domaine de la littérature jeunesse, si j'ai bien compris, où l'on découvre que les mammouths, loin d'être éteints, s'étaient juste isolés dans une province reculée de Sibérie ; redécouverts, il s'avéraient être intelligents et prêts à partager leur sagesse ancestrale avec les humains. Plus ou moins, je ne me suis pas trop intéressé au sujet (j'ai juste noté que le troisième tome parle de la colonisation de Mars par les mammouths.)

Bref ; aussi, ma surprise fut grande en découvrant que le même Baxter était un auteur de hard science particulièrement apprécié. J'avais donc noté quelque part dans un recoin de mon cerveau qu'il fallait que j'en lise un, un jour. Aussi, quand on[1] m'a refilé un tas de bouquins dont le Flux dont je vais vous causer, je me suis dit : chouette !

Alors, de quoi ça cause ?

Dura, Adda et Farr sont des sauvages, qui vivent d'agriculture et d'élevage de subsistance dans une contrée inhospitalière. Un jour, leur village est détruit par une catastrophe naturelle (ça arrive) ; pire, leur troupeau de cochons est perdu ! Ils vont donc dans la forêt voisine pour tenter d'en capturer de nouveaux, histoire de reconstituer un cheptel. La partie de chasse tourne mal et le vieil Adda est grièvement blessé ; ses compagnons le croient perdus jusqu'à ce qu'arrive une étrange boîte mobile, de laquelle sort un énergumène frêle et couvert d'étoffe (ha ha ha !) Toba Mixxax, c'est son nom, propose aux sauvages de les emmener, dans sa « voiture », à la « cité » voisine, où se trouve un « hôpital » où l'on pourra sans doute soigner leur ami. Arrivés à Parz, les héros se voient obligés de vendre leur travail pour « payer » les « frais médicaux » (mais où vont-ils chercher tout ça ?) ; mais rapidement, il s'avère que la même catastrophe naturelle qui a mis à mal la communauté des sauvages menace, à plus grande échelle, la cité toute entière. Adda, dépositaire du savoir ancestral que les citadins ont oublié, aidé par la courageuse Dura et Farr au cœur pur, est-il le dernier espoir de l'humanité toute entière ?

Bon, dit comme ça, c'est pas génial. C'est même tellement cliché que c'en est franchement nul.

Ah, mais j'ai oublié un détail : tout ceci se situe dans le manteau d'une étoile à neutrons, spécifiquement dans le plasma superfluide de nucléons (protons et neutrons) qui y règne. Dura &c. mesurent à peu près dix microns de haut, « voient » des ondes sonores propagées à grande vitesse dans le superfluide, « sentent » les photons qui s'y diffusent lentement et « entendent » des ondes de variations de température. Ils se meuvent en nageant « contre » (en fait, orthogonalement) le champ magnétique de l'astre, car leur corps est conducteur. La catastrophe naturelle dont il est question est une discontinuité dans la rotation du manteau, qui fait s'effondrer localement le caractère superfluide du plasma. Leur univers est bordé en haut par la Croûte de l'Étoile, en bas par la Mer Quantique.

Quand il veut dépayser, Baxter n'y va pas à moitié…

Bref.

De tout cela, on ressort quand même avec une vague impression de gâchis. Bah oui ; il est dommage d'imaginer un monde aussi radicalement différent du nôtre et d'y coller une intrigue qui rappelle furieusement Les dieux sont tombés sur la tête. Impression curieusement renforcée quand on arrive à la fin du bouquin, car le Bélial' a eu la bonne idée d'y adjoindre une chronologie générale (allant du Big Bang à la fin de l'univers, quand même) des écrits de Baxter ; on y voit confirmé le fait que ces 400 pages ne sont, en fait, qu'une anecdote mineure dans un arc bien plus intéressant. Autre sujet de déception, le style plutôt plan-plan surtout marqué par une surabondance de Majuscules. Les héros Nagent (ou Surfent) dans l'Air au-dessus d'une Cité ceinte d'une Peau renforcée par du Matos ; les riches vivent en Haut et les pauvres en Bas, près du Port, d'où partent les Cloches qui vont Pêcher ledit Matos aux plus près du Noyau, en descendant le long de l'Épine, suivant les lignes du Champ magnétique. Personnellement, je trouve tout cela Usant.

D'où une impression en demi-teinte ; clairement, je n'ai pas aimé Flux. Mais j'ai apprécié le background, la mise en place d'un environnement aussi étrange que possible, et la suggestion (enfin, sans spoiler, ce n'est pas qu'une suggestion) que cela s'inscrit dans une histoire de l'univers bien plus fouillée que le roman lui-même ne le montre. Je ne peux m'empêcher de comparer à Œuf de Dragon de Robert Forward, l'histoire d'une civilisation née à la surface d'une étoile à neutrons. La comparaison n'est sans doute pas juste, car j'ai lu le Forward il y a très longtemps, vers 1990, et à l'époque je n'avais certainement pas le même esprit critique qu'aujourd'hui. N'empêche : le Forward m'a fait une impression indélibile, et je doute que je me souvienne encore du Baxter dans vingt ans.

Je lirai sans doute d'autre Baxter, pour le background, sans doute des nouvelles. Mais je ne vais pas particulièrement me presser pour cela.

Ah, et un dernier mot : on ne peut qu'applaudir la traduction de Sylvie Denis et Roland C. Wagner. Vous me direz, les connaissant, ce n'est pas très étonnant… (et les mauvaises langues ajouteront que bon, ce n'est pas un bouquin qui brille par ses Qualités Littéraires, hein.) N'empêche ; il est rare que je ne discerne pas, « sous » une traduction, les formules originales, et là, c'est le cas. Dommage que l'édition que j'ai eue entre les mains soit entachée de trop nombreuses coquilles, m'enfin, rien de rédhibitoire non plus.

Note

[1] « On » se reconnaîtra ; merci « On » !

dimanche, janvier 1 2012

2012

Bon, eh bien, traditionnellement, on souhaite une bonne année le 1er janvier. Donc : bonne année à tous les amateurs de langoustes noires à pinces qui se demandent à répétition comment tuer des cafards avec du déodorant pour prostituée géorgienne[1].

De mon point de vue (perso, boulot, etc.) 2012 ne pourra qu'être meilleure que 2011. D'un point de vue général (si on tient compte de l'économie, la politique[2], etc.) c'est mal engagé, mais on va essayer de ne pas être trop pessimiste.

D'un point de vue bouquins, pour l'instant j'attends surtout Railsea de Miéville (un Moby Dick à la sauce Pompon, où l'on chasse en train des taupes bondissantes, si si) et le prochain Aberystwyth de Malcolm Pryce.

Allez, quelques bonnes résolutions pour l'année :

  • sortir la tête de l'eau, d'une façon ou d'une autre, au niveau boulot et arrêter de me faire bouffer par ça, pour me dégager du temps libre non stressé pour :
  • achever le premier jet de mes timestamps[3], ou :
  • faire un deuxième jet « assumable » de ma fantasy marxiste[4],
  • à défaut, pondre au moins une nouvelle et la faire publier, nom de nom[5].
  • et accessoirement, acheter un appart, parce que y'en a marre de payer un loyer (la question de savoir s'il est pertinent de s'endetter en plein milieu d'une récession est encore ouverte.)

Bref : bonne année !

Notes

[1] Les amateurs de SF ne lisent pas ce blog, donc je me contenterai de leur tirer la langue.

[2] Y'a quand même 4 des 5 membres du conseil de sécurité de l'ONU qui vont changer de gouvernement cette année, c'est pas rien. Sans parler du reste.

[3] Nom de code d'un texte − longue novella ou court roman − de SF très geek, où je me marre comme un bossu mais qui est très difficile à produire.

[4] Nom de code d'un texte − roman d'environ 400 000 signes − écrit l'année avant-dernière pour la catharsis, techniquement ce que j'ai fait de mieux pour l'instant mais trop moralement violent pour que j'en assume une éventuelle publicité.

[5] À noter que 2011 aura quand même été l'année où j'aurai eu un premier texte retenu, pour une antho chez un éditeur associatif connu pour prendre son temps... Donc 2012 sera peut-être, mais pas forcément, mon année de première publication.

mardi, décembre 27 2011

Les Princes Marchands (tomes 1 à 3), Charles Stross

Après des études de médecine et d'histoire de l'économie, Miriam Beckstein (qui a été adoptée quand elle avait six semaines) s'est reconvertie dans le journalisme économique, sous-section start-ups ; surtout dans les biotechnologies, mais sans dédaigner la bulle Internet. Lors d'une enquête de routine sur l'actionnariat de deux sociétés du secteur, elle tombe par hasard sur le scoop de sa vie, une gigantesque entreprise de blanchiment d'argent sale. Comme cela risque de faire des remous, elle en parle à sa direction… et se retrouve limogée sans préavis ni − point crucial − le temps de faire une copie des preuves qu'elle a découvertes. Car bien entendu, son journal appartient aux mêmes malfrats.

Voilà donc une jeune (relativement : la trentaine) femme, intelligente, avec de solides notions de médecine et d'entreprenariat (que ce soit aujourd'hui ou pendant la révolution industrielle), au chômage. Comme un malheur n'arrive jamais seul, elle découvre que ses parents biologiques étaient des aristocrates dans un monde parallèle resté médiéval, et qu'elle possède (comme toute sa famille) la capacité à passer d'un monde à l'autre. Sa famille s'en sert pour s'enrichir en trafiquant de l'héroïne (ils la récupèrent en Colombie dans notre monde, passent de l'autre côté du miroir, voyagent en calèche et en voilier jusqu'à l'équivalent de la Nouvelle-Angleterre, et retraversent pour en faire livraison. C'est long, mais cela garantit d'échapper aux gardes-côtes.) Elle, bien sûr, va imaginer des moyens plus moraux de profiter du talent familial... Si elle survit au sein d'un Clan qui ferait passer les Médicis et les Borgia pour des enfants de chœur.

Voilà, en quelques mots, l'histoire de la saga des Princes Marchands (six tomes), de Charles Stross. Une histoire plutôt originale, surtout dans son traitement (autant des histoires de « en fait je suis une princesse d'un pays éloigné » et de mondes parallèles sont assez courantes − bien que l'on trouve rarement les deux à la fois − autant aborder cela sous un angle essentiellement économique est, à ma connaissance, inédit). L'ensemble est d'ailleurs chaudement recommandé par Paul Krugman (éditorialiste américain et prix Nobel d'économie en 2008, ce qui n'est pas rien). Force m'est d'admettre que le background est particulièrement intéressant, ce qui fait que je me suis enfilé deux tomes et demi avant de caler.

Car j'ai calé. Pour la première fois chez Stross. Et pourquoi donc ? D'abord, parce qu'une grande partie de l'intrigue est cousue de fil blanc. Miriam est trop parfaite pour le rôle que lui donne l'auteur. Par le plus grand des hasards, tout à fait librement, elle a suivi précisément le cursus universitaire puis le parcours professionnel idéal pour endosser l'habit d'une entrepreneuse qui va (littéralement) changer le monde médiéval de ses parents pour le tirer, à son corps défendant, dans le siècle de la Roussette[1]. Ce faisant, elle va se heurter à ses conservateurs privilégiés de grands-parents, tomber dans les bras (et le lit) du premier bellâtre un tant soit peu sympathique qu'elle va croiser, être bouleversée quand ce dernier va (inévitablement) devenir une victime collatérale des chambardements qu'elle cause, etc.

Mais surtout, l'intrigue politique, les manœuvres dans les diverses factions du Clan, m'indiffèrent totalement. Et pourtant, c'est à ça que sont consacrés les deux tiers des pages des romans… qui du coup, n'avancent pas. Ça se traîne, de fusillade en présentation au roi, de manigances matrimoniales en (trop rares) business plans. À la fin du premier tome (The Family Trade), on est sur sa faim, mais on se dit que ce n'est qu'un tome d'exposition et que ça ira mieux après. À la fin du deuxième (The Hidden Family), on se dit que les préliminaires sont décidément bien longs mais que là, tout est en place pour que ça avance vraiment. Au milieu du troisième (The Clan Corporate), ça n'a pas bougé d'un pouce et on se dit qu'il y a peut-être d'autres bouquins plus intéressants ailleurs.

Au final, ça n'a pas grand-chose à voir, mais ça m'a fait le même effet que la série ''Foreigner'' (''Le Paidhi'', ''Le retour du Phœnix'') de C. J. Cherryh : si vous aimez les intrigues de cour, le héros idéaliste qui veut faire un monde plus égalitaire pour tout le monde envers et contre l'ordre établi, alors vous accrocherez. Mais là, moi, je me dis que je vais essayer de finir le tome 3 et sans doute passer à autre chose.

Note

[1] Oups, mauvais auteur, désolé.

lundi, décembre 26 2011

Ami qui fais des recherches Google…

… sache qu'une « langouste noire avec des pinces », en vrai, ça s'appelle un homard (cru ; quand il est cuit il vire à un beau rouge profond),

… sois déçu, car j'ignore tout de la réparation des langoustes congelées par mégarde (éventuellement, si tu lui colles un logo argenté et que tu l'emmènes au garage Citronnault du coin, sur un malentendu ça peut passer),

… apprends que ce n'est pas sur ce blog que tu auras la révélation sur les filières mafieuses de prostitution géorgienne (pourquoi géorgienne spécifiquement ?),

… aie confirmation que les Suédois boivent surtout du café (sauf quand ils mangent des écrevisses, mais c'est pas la saison),

… détecte tes répétitions grâce à Pleo,

… sois rassuré, tu peux manger des écrevisses congelées froides, mais pas trop froides, hein ? Faut les décongeler d'abord (24h au frigo, genre.) Sinon ça fait mal aux dents,

… et à part ça, oui, il y a quelques chroniques de lecture sur ce blog. Généralement plusieurs mois voire années avant la sortie de ces bouquins en français, parce que je lis majoritairement en VO. Mais sois rassuré, c'est très secondaire, la finalité première de ce site est de parler de crustacés, de publier des photos de rats moches, ou encore d'expliquer comment tuer des cafards avec du déodorant[1].

À part ça, joyeux Noël à vous.

Note

[1] En rangeant son déo et en allant à Leclerc acheter une bombe insecticide, globalement.

dimanche, décembre 11 2011

The Dervish House, Ian McDonald

J'avais beaucoup aimé Le Fleuve des Dieux (River of Gods), et The Dervish House a pas mal fait parler de lui l'année dernière ; donc, bah, je l'ai pris. Avec un peu de craintes, ceci étant, car le pitch ressemble beaucoup à celui du Fleuve... : les histoires entrecroisées et a priori dissociées d'un assez grand nombre de personnages dans le futur d'un de ces pays que l'on se plaît à désigner aujourd'hui sous le vocable d'émergent (là-bas, l'Inde, ici, la Turquie.) Et si la première fois ça tombait juste (ou non, pas mal de gens ont détesté le Fleuve…), je craignais que cela fasse redite.

À tort. Mais revenons aux bases.

The Dervish House, donc, se passe à Istanbul en l'an 2027. Suffisamment proche de nous pour que l'on ait des repères (la Turquie vient d'entrer dans l'UE et d'adopter l'euro, les gens roulent en Peugeot et Audi, les foules se pressent pour assister à un match Arsenal-Galatasaray) mais suffisamment loin pour que l'on puisse extrapoler : la nouvelle technologie à la mode est le nano, le gaz naturel a grosso modo remplacé le pétrole dans la vie de tous les jours, etc. Le roman expose les trajectoires d'une demi-douzaine de personnages reliés entre eux par un bâtiment, la maison de dervishes titulaire, c'est-à-dire un ancien tekke (au Maghreb on appelle cela une zaouïa), une sorte de monastères pour mystiques soufis ayant renoncé à leurs titres et possessions pour étudier les mystères de l'Islam. Je simplifie. Le tekke de la place Adam Dede a depuis bien longtemps été reconverti et intégré au tissu urbain : son rez-de-chaussée est occupé par une galerie d'art et deux salons de thé, les étages ont été découpés en appartements.

Y vivent Georgios Ferentinou, un économiste expérimental à la retraite, membre de la minorité grecque d'Istanbul, et autrefois (dans les années 1980) d'un mouvement révolutionnaire ; la famille Durukan dont le fils Can, 9 ans, atteint d'une maladie rare qui pourrait le tuer s'il entendait des sons violents, est condamné à la surdité artificielle et vit sa vie au travers de robots-jouets télécommandés ; Leyla Gültaşli, une jeune femme cherchant un emploi dans le marketing, à la famille étendue et étouffante ; Necdet, un jeune à la dérive, hébergé par son frère Ismet, fondateur d'un ordre islamiste local visant à rétablir une « sharia de quartier » ; une Géorgienne (dont on ne saura jamais le nom) soupçonnée, car elle fait partie d'une minorité pauvre, d'être une prostituée. En plus d'eux, on suit Ayşe Erkoç, propriétaire de la galerie d'art, et son époux Adnan Sarioğlu, trader spécialisé dans le gaz, ainsi qu'un cousin de Leyla, qui monte une startup dans les nanotechnologies et quelques autres représentants des Grecs d'Istanbul.

Quel rapport entre tous ces personnages, outre le tekke qu'ils habitent ou où ils travaillent ? Pas grand-chose. Et pourtant, quand Necdet réchappe à un attentat dans le tram et se met à avoir des visions de créatures surnaturelles, quand le cousin de Leyla l'engage pour lever du capital pour sa startup et accessoirement retrouver un autre cousin, malfrat et sans doute trafiquant de drogue, nominalement propriétaire de la moitié de son entreprise ; quand Can découvre que d'étranges robots de surveillance suivent son voisin Necdet ; quand Georgios est invité à participer à un groupe de réflexion sur la sûreté nationale, quand Ayşe est contactée par un homme d'affaires désireux de se procurer un artefact médiéval plus qu'à moitié légendaire alors que son mari monte l'arnaque du siècle, tous s'engagent dans une série d'événements hors du commun.

Comme dans Le Fleuve des Dieux, toutes ces histoires partent un peu dans tous les sens, il est difficile de s'intéresser à toutes, et on peut reprocher à l'auteur une certaine maladresse dans la façon dont elles sont réunies à la toute fin (sans spoiler trop, j'ai trouvé too much la façon dont les intrigues de Leyla et d'Adnan se rejoignent.) Est-ce grave ? Non ; j'ai beaucoup apprécié le roman, pour son foisonnement et surtout pour sa crédibilité. L'anticipation à court terme est toujours quelque chose de compliqué (et d'ailleurs, vu comme c'est parti ça m'étonnerait que l'euro existe encore en 2027... mais c'est un autre sujet). Il faut que le monde soit proche du nôtre, tout en ayant évolué socialement, politiquement et technologiquement ; un équilibre difficile à atteindre mais que McDonald réussit particulièrement bien. Pour le reste, si toutes les intrigues n'ont pas le même intérêt, certaines (la quête de l'Homme Mellifié, les aventures du jeune Can) m'ont captivé. L'ensemble est plus court et, il m'a semblé, plus digeste que Le Fleuve des Dieux.

Si j'ai bien tout compris, c'est le prochain McDonald à sortir en France, chez Lunes d'Encre. Tant mieux, car c'est un fort bon bouquin.

samedi, novembre 12 2011

REAMDE, Neal Stephenson

Autrefois pour faire sa cour, on parlait d'amour.
Pour mieux prouver son ardeur, on offrait son cœur.
Maintenant c'est plus pareil, ça change, ça change
Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l'oreille :
Ah, Michael Bay, viens m'adapter, et moi, je te donnerai

Une mafia russe,
Des pirates chinois
Des tas de hackers
et un jeu vidéo !

Une espionne anglaise,
pour faire des foutaises,
Des course-poursuites,
Pour aller bien plus vite.

Des islamistes,
Qui sont terroristes,
Des anciens Spetznaz,
Qui sont un peu nazes.

Autrefois s'il arrivait, que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait, en laissant la vaisselle.
Maintenant que voulez-vous, la vie est si chère,
On dit rentre chez ta mère, et l'on se garde tout.

Ah ! Michael Bay, excuse-toi, ou moi je reprends tout ça.
Les mafieux russes,
Les hackers hongrois,
Le jet privé,
Le trafic de drogue,
Les gold-farmers en Chine,
Le clone de Tolkien,
Les fusils d'assaut,
Les pistolets russes,
Les Kalashnikov,
Et les bons vieux Colts !

...

Bref. Tout ça pour dire que Stephenson, qui est pourtant l'un des écrivains les plus fascinants du moment (voir ici ou , par exemple), a produit un techno-thriller épileptique. Ça tire de partout, ça ne s'arrête jamais, ça ressemble à un appel du pied à Michael Bay (ou l'un de ses clones) pour faire une adaptation. Certes. Le problème, c'est qu'un film de Michael Bay, ça ne dure pas beaucoup plus de deux heures. Un bouquin de plus de mille pages, c'est bien plus long.

Et c'est chiant.

Je n'en suis pas à la moitié, et j'envisage de laisser tomber. Grosse déception, donc.

Edit

Je suis un monstre de perversité, tout le contraire d'une soeur de charité, et je me suis donc accroché jusqu'à la fin. Ben... Ça n'en valait pas la peine.

dimanche, octobre 16 2011

Fin d'une époque

Demain, le 17 octobre 2011, le nom de domaine lepcf.org expirera. Quelques jours plus tard, au mieux, la propagation DNS aura fait son œuvre et le site ne sera plus accessible. Le domaine aura donc vécu onze ans, mais le site dessous a été créé plusieurs années plus tôt, vers la fin de l'année 1997. Soit il y a 14 ans… ce qui à l'échelle d'internet n'est pas mal du tout, même si cela fait plusieurs années qu'on l'a laissé à l'abandon.

Bref.

RIP lepcf, on a vécu de belles choses ensemble.

mardi, octobre 11 2011

The Fuller Memorandum, Charles Stross

J'ai beaucoup aimé Le bureau des atrocités et The Jennifer Morgue, et j'ai déjà eu l'occasion d'en parler. Ce Fuller Memorandum n'est autre que le troisième volet des aventures de Bob Howard à la Laverie, cette fois-ci confrontée à une perspective terrible (à laquelle il est déjà fait référence dans Jennifer Morgue), rien moins que la fin du monde (nom de code : CASE NIGHTMARE GREEN).

Alors, c'est bien. Le mélange humour geek-horreur Lovecraftienne fonctionne toujours ; Bob est aux prises avec une secte apocalyptique et une fuite au sein même de la Laverie, et pour se défendre, utilise un iPhone. Pire, sa nouvelle manager fait preuve d'une remarquable efficacité et accepte de l'écouter quand il explique pourquoi c'est vraiment une très mauvaise idée de sous-traiter la pose des câbles réseaux dans le nouveau bâtiment de la Laverie.

Ceci étant, le ton est ici bien plus sombre que dans les deux tomes précédents. Il est question de la fin du monde, quand même, et les personnages n'en ressortent pas intacts. Il faut applaudir le talent de Stross, qui arrive à nous faire prendre au sérieux une invasion de zombis dans le plus grand cimetière de Londres, le tout centré autour d'un type qui fait des blagues sur Microsoft.

Que dire d'autre ? Pas grand-chose, car je n'ai pas envie de trop en dévoiler ; disons que ceux qui ont été séduits par le mélange des genres des premiers tomes de la série continueront à être happés, et les autres, ben, s'ils n'ont pas aimé les deux premiers, pourquoi est-ce qu'ils liraient le troisième, hein ?

Si, quand même un mot. Au niveau de la construction, de l'intrigue, etc., ce roman-ci est nettement plus abouti que les deux premiers. Ce n'est peut-être pas une coïncidence si c'est le plus long (mais ça reste − heureusement − très digeste, surtout après un Willis) et surtout le seul qui n'est pas ouvertement une parodie. Après avoir pastiché Deighton et référencé Fleming, Stross fait du Stross original, et c'est très bien. Dans un autre registre, ça me fait penser à Pratchett, qui a commencé avec de la pure parodie et qui aujourd'hui fait du Pratchett. On ne peut que souhaiter à Stross autant de succès, et à la Laverie un avenir aussi fructueux que le Disque-Monde.

Blackout / All Clear, Connie Willis

Si elle a écrit d'autres romans (notamment le sympathique Bellwether et le longuet Passage), Connie Willis est surtout connue pour ses romans sur les historiens d'Oxford qui voyagent dans le temps pour se documenter sur les époques passées. De fait, Les Veilleurs du Feu, Le Grand Livre et Sans parler du chien sont des bouquins à côté desquels il serait dommage de passer. Surtout Sans parler du chien. La renommée de ces romans un peu plus (mais pas beaucoup) historiques que sfiques est telle qu'elle est désormais assurée de gagner le Hugo à chaque fois qu'elle en sort un nouveau.

En l'espèce, Blackout et All Clear, qui sont un seul roman coupé en deux, et où l'on retrouve le professeur Dunworthy et sa clique d'historiens voyageurs du temps, cette fois-ci plantés au temps du Blitz en Angleterre. Willis aime beaucoup la seconde guerre mondiale, c'était déjà là qu'elle avait situé Les Veilleurs du Feu. Est-il nécessaire de signaler que le dyptique a eu le Hugo cette année ?

Bref : Eileen O'Reily (de son vrai nom Merope Ward, mais ça ne fait pas d'époque), Polly Sebastian (Churchill en vrai, mais se balader avec un nom pareil pendant le mandat du Winston du même nom est appeler les ennuis) et Mike Davis (Michael Davies, mais ça ne fait pas assez américain) sont envoyés, en même temps mais à des périodes différentes, observer de première main la seconde guerre mondiale en Angleterre. Eileen couvre les évacuations d'enfants juste avant le Blitz, en se faisant embaucher comme domestique dans un manoir du nord de l'Angleterre, fin 1939. Polly étudie la vie dans les abris pendant le Blitz, à Londres, en septembre 1940 ; et Mike se rend à Douvres en mai 1940 pour observer l'évacuation de l'armée britannique depuis Dunkerque, et plus spécifiquement le rôle qu'y ont joué les propriétaires de petits bateaux civils.

Et bien sûr, rien ne va comme prévu : à la fin de sa mission, Eileen est bloquée dans son manoir par une quarantaine imposée suite à une épidémie de varicelle. Quand enfin elle peut sortir, son drop[1] ne peut plus s'ouvrir, car les lieux sont réquisitionnés par l'armée. Le drop de Polly ne s'ouvre pas, car il a été touché par une bombe allemande ; et quand à Mike, il voit la bataille de Dunkerque de plus près que prévu puisqu'il est conscrit d'office sur l'un des petits vaisseaux qu'il voulait étudier, s'y fait gravement blesser au pied, et passe plusieurs mois à l'hôpital. Quand il en sort, un emplacement d'artillerie a été construit sur son drop, le rendant inatteignable.

Nos trois personnages vont donc passer un certain temps à essayer de se retrouver les uns les autres, puis à envisager des stratégies pour retourner en 2060 ; mais surtout, à survivre au milieu d'une campagne extrêmement violente de bombardement, déclenchée par Hitler pour saper le moral des Anglais… et qui a presque réussi.

Alors, comment dire ? Comme d'habitude chez Willis, ce qui prime est l'humain. Et ici, elle n'a pas eu besoin de se forcer : le Blitz a été, sans aucun doute, une des périodes les plus denses en drame humain de notre histoire récente. Le récit est − bien entendu − très bien documenté, et on apprend beaucoup de choses sur la vie quotidienne pendant la guerre, notamment la simple difficulté de survivre (une des préoccupations majeures des héros est de se procurer des manteaux…) Quant à l'écriture, elle est pareille à elle-même : fluide, agréable, agrémentée d'un humour certain. L'ensemble (plus de mille pages) se dévore, jamais on ne s'ennuie.

Mais après avoir refermé le deuxième tome, on se prend à se dire : tout ça pour ça ? L'ensemble est indubitablement long. Très long ; trop long. L'intrigue est tellement diluée dans ce flux continuel de petites horreurs et d'atrocités quotidiennes qu'on se prend à se demander si elle en valait vraiment la peine... Plus d'une fois, je me suis pris à penser que Willis aurait pu avantageusement supprimer les références au voyage dans le temps et écrit simplement la chronique de trois âmes perdues pendant le Blitz. Elle aurait certainement gagné un lectorat supérieur, et ce pour un coût somme toute faible, tant l'intrigue générale est faible.

Je ne regrette pas d'avoir lu ce livre. Mais je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine semi-déception. Au final, sous ses apprêts de roman de science-fiction, c'est plutôt un documentaire sur le Blitz (et la guerre en général) qu'on a là : un très bon documentaire, certes, mais pas forcément ce que j'étais venu chercher.

Notes

[1] « portail temporel », j'ai la flemme de chercher dans les autres bouquins la traduction française orthodoxe.

vendredi, septembre 9 2011

The Jennifer Morgue, Charles Stross

Je vous ai parlé il y a peu du Bureau des Atrocités. Eh bien, The Jennifer Morgue en est la suite, au sens où ce sont les mêmes personnages un peu plus tard ; mais c'est également subtilement différent, car là où The Atrocity Archive pastichait les romans d'espionnage de Len Deighton, ici, c'est de James Bond (la version papier, mais également ses avatars filmiques) qu'il s'agit.

Et c'est génialissime, et plutôt malin dans le traitement (ce n'est pas qu'une bête parodie, car les personnages connaissent Bond et s'y réfèrent, et savent qu'ils sont en train de jouer un mauvais Bond… Bref, c'est méta.)

Bref. De quoi ça cause ? Bob Howard est toujours un geek, expert en démonologie assistée par ordinateur ; il travaille toujours pour la Laverie (the Laundry), l'agence de sécurité occulte britannique ; et il est toujours empêtré dans des cauchemars bureaucratiques, à se battre contre les Ressources Humaines et à essayer de parfaire sa connaissance des procédures de liaison avec les partenaires européens. C'est d'ailleurs lors d'une réunion d'un comité exécutif sur lesdites procédures, à Darmstadt, qu'il rencontre Ramona, femme fatale et néanmoins espionne pour le compte de la Chambre Noire (l'équivalent américain de la Laverie). Des ordres inédits apparaissent alors : il doit faire équipe avec elle, s'envoler vers les Caraïbes pour mettre un terme aux agissements d'un multi-milliardaire qui menace rien de moins que l'existence de l'espèce humaine. Pour ce faire, il doit apprendre à porter le smoking, tirer au Walther P99, et conduire une voiture truffée de gadgets plus dangereux les uns que les autres[1].

Bref, vous aurez compris, on est en plein dans l'archétype flemingien. Comme je le disais plus tôt, c'est très habilement fait, et c'est très drôle (une grande partie du comique venant de l'inadéquation complète du personnage de Howard au rôle qu'il est censé jouer − ainsi, voyant qu'il n'a que des costumes trois-pièces à porter, il résout d'aller faire des courses pour se trouver quelque chose de plus « normal » ; et se précipite sur le réseau wi-fi de l'hôtel pour aller sur Thinkgeek.)

Peut-être est-ce parce que je connais mieux James Bond que Len Deighton, mais j'ai clairement mieux perçu les références ici que dans le Bureau des Atrocités ; ce qui fait que j'ai préféré ce Jennifer Morgue à son prédécesseur. Mais c'est aussi peut-être parce qu'il est tout simplement meilleur…

Notes

[1] Le budget de la Laverie n'étant pas extensible, l'Aston Martin a été remplacée au dernier moment par une Smart. Mais c'est l'intention qui compte.

mardi, août 30 2011

Scratch Monkey, Charles Stross

Dans un futur indéterminé, la mort n'est plus qu'une étape ; les plus riches peuvent se faire réincarner, les autres se contentent de vivre dans la réalité virtuelle du Dreamtime, le réseau massivement distribué dans tout l'espace connu, et dominé par les Superbrights, ces IA dont l'intelligence dépasse de plusieurs ordres de magnitude celle des humains.

De temps à autre, les agissement des humains déstabilisent le Dreamtime ; et Intervention Distante doit intervenir pour corriger la situation. Oshi Adjani (aucun rapport avec Isabelle) est un de ses agents. Elle est loyale, expérimentée, et traficotée de partout ; sa spécialité ? Étouffer dans l'œuf les dictatures en devenir. Jusqu'au jour où une criminelle de guerre la fait douter de la justice des Superbrights…

Scratch Monkey est un roman qui n'a jamais été commercialisé, et que Charles Stross a mis à disposition du public sur son site : http://www.antipope.org/charlie/blog-static/fiction/scratch-monkey/how-not-to-sell-a-novel.html ; c'est aussi l'un de ses premiers romans (le premier jet date de 1988, et la version finale de 1994, quand même.)

Il faut, donc, un petit peu d'indulgence en le lisant ; car il n'a, clairement, pas été soumis à un processus de relecture, correction, bref, tout ce que l'on appelle l'editing, en somme. De fait, le roman a un goût d'inachevé, la narration est souvent inadéquate et passe sans prévenir de la première à la troisième personne. Ces défauts font qu'il a l'air plus long qu'il n'est réellement, et c'est dommage.

Mais qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ; et là encore, ça fourmille de petites idées sympathiques. Une lecture plutôt sympathique, donc, et prégnante d'un grand écrivain en devenir.

lundi, août 29 2011

Et à part ça…

NON, le déodorant ne tue pas les cafards. Sauf si vous vous parfumez au Baygon, mais là je peux rien pour vous.

Ne me remerciez pas.

Le Fleuve des Dieux, Ian McDonald

Nous sommes en 2047, et ceci n'est pas l'Inde. C'est le Bharat : l'un des états qui ont succédé au pays de Gandhi. Situation : au nord-est de l'Inde actuelle, le long du Gange ; capitale : Varanasi (Bénarès), ville sacrée des Hindous ; nom : Bharat, le nom que les Hindous donnent à leur nation[1]. Voisins : la triple nation du Bengale (Bengale occidental, Bengladesh et, heu, je ne sais pas) en aval du Gange, l'Awadh en amont. Le Népal au Nord, d'autres états indiens au Sud. Situation politique : le parti conservateur de la dynastie Rana est au pouvoir, mais les extrémistes hindous − les shivajees − bousculent le jeu. Situation médiatique : Town and Country, le soap opera dont les acteurs sont des IA aux frasques virtuelles, domine la vie culturelle du pays.

Nous sommes en 2047, cela fait trois ans que la mousson n'est pas venue, les Bengalis ont amené un iceberg dans la baie de Kolkata (Calcutta) dans l'espoir de créer un front froid qui déclenchera les orages ; les Awadhis ont construit un barrage sur le Gange, et le Bharat meurt de soif au milieu d'une crise démographique sans précédent : il y a trois hommes pour chaque femme. Alors, les plus riches s'offrent des enfants Brahmanes, génétiquement modifiés pour vieillir moins vite et être immunisés contre toutes les maladies connues.

Nous sommes en 2047, le Bharat est l'un des derniers états dans la « zone grise » qui tolère plus ou moins les IA (ou aeai − prononcez-le à l'oral, en anglais) jusqu'à une magnitude de 2,8[2]. Le reste du monde, sous la pression des fondamentalistes américains, a adopté les Lois Hamilton limitant l'intelligence des machines. Au Bharat, le Ministère est chargé des permis d'IA ; les Krishna Cops sont son bras armé ; mais les sundarbans (labos clandestins de recherche en informatique) que l'on y trouve sont les plus avancés du monde.

Nous sommes en 2047, et Ranjit Ray, le millionnaire propriétaire de Ray Power − hybride étrange et contradictoire entre EDF et la Grameen Bank − a décidé de renoncer aux choses matérielles, et de se faire sadhu (ascète) ; à l'opposé du style de vie des nutes, le troisième genre, créé artificiellement pour s'adapter à l'identité de ceux qui ne se reconnaissent ni dans le masculin, ni dans le féminin.

Nous sommes en 2047, et les Américains ont découvert un astéroïde qui n'obéit pas aux lois de Newton.

Le décor est posé ; une galerie de personnages (Vishram Ray, le fils de Ranjit, qui voulait être comédien dans l'Écosse nouvellement indépendante ; M. Nandha le Krishna Cop et sa jeune épouse Parvati, tout juste « importée » de la campagne ; Tal le nute employé au département de métasoap de Town and Country ; Thomas Lull et Lisa Durnau, universitaires occidentaux, chercheurs en vie artificielle ; Najia, la journaliste afghane naturalisée suédoise ; Shiv la petite frappe qui se prend pour un raja, et Yogendra son acolyte ; et d'autres que j'oublie sûrement) vont dérouler, au travers de leur quotidien, une histoire de singularité, de premier contact et de folie religieuse.

Il y aurait bien des choses à dire sur Ian McDonald (un Belfastois ! et un auteur à suivre), sur son écriture (qui emprunte pas mal au hindi, j'ai vu des critiques disant que ça nuisait au livre, mais ça ne m'a pas gêné, au contraire) ou sur le fond de l'histoire (qui fait un parallèle avec la mythologie hindoue, mais rassurez-vous, on comprend bien même si on n'a qu'une idée très vague de qui sont Vishnou, Shiva, Brahma et les déités mineures − Kali, Ganesha, etc.)

Mais ce serait un exercice un peu vain. Car de tout ça, il ne faut retenir qu'une chose : c'est foutrement bien. Sans doute le meilleur bouquin de SF que j'ai lu depuis de début de l'année. Et c'est bien tout ce qu'il est nécessaire de dire.

Notes

[1] Confer le Bharatiya Janata Party − BJP − parti extrémiste hindou qui joue les trouble-fête, un peu comme le FN en France.

[2] La magnitude de l'intelligence d'une aeai correspond à la probabilité de passer pour un humain lors d'un test de Turing ; 2,5 équivaut à une probabilité de 0,75 : trois personnes sur quatre penseront avoir affaire à un humain en parlant, par clavier et écran interposé, avec la machine.

vendredi, août 26 2011

Back online

Eh voilà. On a déménagé le week-end dernier, du coup le temps de tout transbahuter et de tout réinstaller, il y a eu une petite semaine d'interruption.

Nous voilà maintenant de retour en région parisienne...

lundi, août 1 2011

Le Bureau des Atrocités (the Atrocity Archives), Charles Stross

Bob Howard est un hackeur (comprendre, un geek un peu trop curieux) qui, parce qu'il est arrivé un peu trop près d'un certain ensemble de théorèmes mathématiques qui font résonner le multivers et donc, attirent l'attention de créatures pas très recommandables, a été conscrit au service de la Laverie, le plus secret des services secrets britanniques, en charge de tout ce qui est occulte. Il y est, disons, le geek local : il maintient des serveurs à peu près en marche, étudie la thaumaturgie mathématique à loisir, et globalement, est la bête noire du management. Certains pourraient y trouver plaisir, mais voilà, Bob s'ennuie ; il demande donc son transfert vers le service actif et les opérations sur le terrain.

Évidemment, il se retrouvera mêlé à une affaire d'importance capitale, où les enjeux ne sont rien d'autre que la destruction (ou non) de l'univers. C'est le point de départ du Bureau des Atrocité, qui est en fait composé de deux histoires, qui se suivent chronologiquement, mais qui en dehors de cela sont indépendantes : The Atrocity Archive et The Concrete Jungle ; et qui, au passage, est le premier roman publié de Stross, en VO en tout cas.

« On[1] » m'a vendu ce bouquin comme étant « Pratchett au XXIème siècle. » Et il faut admettre que « On » n'avait pas tort. La filiation est même explicite : Pratchett est nommé dans la préface (de Ken McLeod, auteur écossais assez génial mais victime d'un flop éditorial en France[2]) et on trouve ici et là quelques références claires au Disque-Monde ; mais c'est surtout l'esprit qui est là.

Mais ce n'est pas que ça. C'est aussi Lovecraft au XXIème siècle, et les romans d'espionnage de la Guerre Froide (il cite Deighton dans la postface) à l'ère d'Internet.

Et c'est absolument génial.

De fait, c'est drôle. Stross use et abuse du comique de situation ; le culte de la procédure, le management en matrice, la bureaucratie sans fin (la Laverie aspire à être la première agence d'espionnage occulte à être certifiée ISO9000…), les guéguerres de politique interne : tout cela est une source quasiment intarissable de gags, qui souvent sont d'autant plus drôles que chaque lecteur a forcément déjà vécu ça. Ensuite, et la comparaison avec Pratchett est d'autant plus pertinente, c'est très référencé. À Pratchett, donc (on suspecte que des anthropoïdes vivent dans la bibliothèque…), mais aussi à Lovecraft (un personnage a enseigné trois ans à l'université de Miskatonic, à Arkham), et sans doute à plein d'autres que je n'ai pas reconnus.

C'est aussi, mine de rien, un vrai roman d'horreur, avec des méchants nazis et des créatures innommables de par-delà les dimensions. Et c'est aussi un vrai roman d'espionnage, avec des démêlés avec les agences des autres pays (« alliés » comme officiellement ennemis), une enquête en profondeur, etc.

Bref. C'est très bien. Mais je l'ai déjà dit. Il y a une suite : The Jennifer Morgue. Que je lirai sans doute très prochainement.

Notes

[1] Il se reconnaîtra…

[2] Si j'ai bien compris, un éditeur a traduit et publié… le tome 3 d'une de ses séries. Sans se préoccuper des deux premiers. Et n'a pas assuré au niveau marketing. Du coup, ça ne s'est pas pas vendu, et les traductions étant chères, les éditeurs préfèrent miser sur des auteurs qui n'ont pas floppé avant. Je n'en reviens toujours pas.

jeudi, juillet 28 2011

A Dance with Dragons, George R. R. Martin

A Song of Ice and Fire (Le Trône de Fer en français, ce qui n'est pas une traduction plus mauvaise qu'une autre) est sans doute l'une des séries de fantasy les plus, disons, populaires du moment ; et sans doute l'une des plus longues… c'est sans doute pourquoi l'éditeur français a choisi de redécouper chaque tome original en trois ou quatre tomes français. Puis de ressortir une édition « intégrale » qui ne fait que reprendre l'organisation d'origine, la méthode a de quoi agacer.

Quoi qu'il en soit, c'est aujourd'hui du cinquième pavé anglais que je vais vous parler aujourd'hui.

Bon, alors, qu'en dire… Martin avait annoncé qu'il s'agirait de la même période de temps que le quatrième (A Feast for Crows), mais du point de vue des autres personnages ; en réalité, c'est vrai des 500 premières pages, le reste (à peu près autant de pages) faisant avancer l'histoire pour tout le monde. Rassurez-vous donc, braves gens, si le début est très orienté Tyrion-Jon-Daenerys, la deuxième moitié nous fait retrouver Jaime, Arya, Cersei et les autres.

Ne comptez pas sur moi pour résumer l'histoire, ou même le point de départ ; l'exercice est compliqué, il a déjà été fait par d'autres, et surtout, il est plutôt vain, et pour deux raisons :

  • comme pour A Feast for Crows, et contrairement aux trois premiers tomes, on a plus l'impression d'être dans le registre de la chronique des faits et gestes d'un certain (grand !) nombre de personnages que dans celui du roman. On a donc une série de péripéties, mais pas vraiment une histoire avec un début, un milieu, et une fin.
  • de toute façon, seuls ceux qui ont lu et apprécié les quatre premiers tomes vont lire celui-ci, alors à quoi bon ?

Bref. On a en gros les mêmes caractéristiques que pour le reste : beaucoup de personnages, beaucoup de détails (on a le menu exhaustif de tous les repas de tous les personnages − et boudiou, ce qu'ils peuvent bouffer !), c'est long (trop long ?), mais ça reste prenant. Il y a des surprises pour la fin, m'enfin, rien de bien surprenant quand même ; mais au final, l'histoire avance.

Étant plutôt bon public, je n'ai pas regretté le temps passé à lire ce bouquin, mais je n'en ferai pas non plus un éloge dithyrambique. Deux tomes sont encore prévus (The Winds of Winter et A Dream of Spring) ; on peut craindre que le prochain souffre du défaut habituel des pénultièmes tomes, à savoir qu'il ne serve que de mise en place pour le final. Du coup, les quatrième et cinquième tomes étant plutôt moyens, on espère que le septième aura valu toute cette peine.

Réponse d'ici, oh, quinze ans ?

mercredi, juillet 6 2011

Embassytown, China Miéville

Arieka, aux confins de l'espace exploré, est une planète un peu particulière. Pas tellement pour son écologie, qui est « normalement extraordinaire, » ni pour son climat ou pour ses ressources minières ou autres. Non ; ce qui fait d'Arieka un monde unique, ce sont ses indigènes, les Ariekei, plus connu des quelques milliers d'humains (ou Terre − en français dans le texte) qui y habitent sous le nom de « Hôtes. »

Les Ariekei[1], outre qu'ils ont une technologie « impossible » d'après la science humaine, basée sur la manipulation du vivant[2], ont un langage inhabituel. Tout d'abord, ils ont chacun deux bouches, deux voix parlant à l'unison (ils sont physiologiquement incapables d'émettre un son d'une seule de leurs bouches en gardant l'autre muette.) Un « mot » de leur langue est donc la superposition de deux « mots » distincts, un pour chaque voix. Ensuite et surtout, leur langue est innée, et est profondément liée à leur mode de réflexion ; en résumé, ils sont plus ou moins incapables de pensée abstraite et ne peuvent exprimer, et donc penser, que des faits avérés. Les termes ne symbolisent pas le monde, mais s'y réfèrent. Mentir, même un peu, leur est impossible ; imaginer des choses nouvelles est très ardu, car ils doivent d'abord trouver un moyen − forcément concret − d'exprimer les idées inédites.

Ah, et dernière chose, d'une façon qui reste encore un mystère pour les Terre, les Hôtes ne peuvent reconnaître comme Langage que ce qui est prononcé par une personne réelle ; il faut que derrière les mots se trouvent un esprit, une « âme » diront certains. Tout le reste (et les autres langues) ne sont pour eux que du bruit. Ce qui rend la communication un peu compliquée (essayez de parler de deux voix à l'unison, pour un coup… toute tricherie mécanique est interdite.)

Bref ; les humains finissent par trouver un moyen de communiquer avec les Hôtes ; ils établissent une ambassade sur Arieka ; et autour de cette dernière, une petite ville (« Embassytown ») s'installe.

Avice Benner Cho est une jeune fille native d'Embassytown. Pendant son enfance, elle est repérée par un ex-Ambassadeur (les seuls Terre à être capables de parler le Langage[3]) ; aussi, quand les Hôtes font connaître leur désir d'enrichir le Langage avec une nouvelle similitude nécessitant une jeune fille, c'est à elle qu'il a pensé. Avice intègre ainsi le dictionnaire ariekene, et permet aux Hôtes d'exprimer une foultitude de nouvelles choses, en disant que c'est comme « la fille qui, dans la douleur et dans l'obscurité, a mangé ce qu'on lui a donné dans une pièce prévue pour la restauration mais dans laquelle personne n'a mangé pendant un temps, » ou ses contractions : « moi, je suis comme la fille qui a mangé ce qu'on lui a donné », autrement dit : je me satisfais de ce que j'ai.

Plus tard, Avice intègre l'équipage d'un vaisseau spatial, se marie (quatre fois, successivement), et finit, pour faire plaisir à son dernier mari en date, un linguiste de choc, par accepter de revenir pour un temps à Embassytown[4].

Et je n'en dis pas plus, parce que j'ai déjà bien spoilé.

China Miéville est un gros geek de la langue. Outre le fait qu'il case des « téléologies, » « ontologies, » et autres « péristaltismes » partout où il le peut, il s'amuse beaucoup avec les néologismes. La variante particulière d'hyperespace domestiquée par les Terre (un autre néologisme, emprunt au français, ça fait bizarre) s'appelle « immer » car on part en « immersion » ; les spationautes sont donc des « immersers ». Les Ariekei sont spécialistes du « biorigging » ; Avice est « enLangagée » ; un type d'audience particulière d'un orateur sont les « oratés ». Et ainsi de suite. Au-delà, Embassytown est un roman à propos de la langue, de la capacité langagière, de la pensée symbolique, etc. et fait, curieusement, écho à Blindsight (Vision Aveugle), de Peter Watts.

Oh, et comme d'habitude, c'est magnifiquement écrit. Pas juste parce qu'on doit, de temps à autre, sortir un dictionnaire, mais aussi parce que Miéville joue à fracturer les phrases, à pousser la syntaxe dans ses retranchements… alors encore une fois, c'est bien le seul auteur dont j'ai fait l'expérience et dont l'anglais nécessite de ma part une concentration importante[5]. À réserver aux anglophones convaincus, donc − j'imagine que les autres pourront être rebutés ou déçus.

(d'ailleurs j'ai l'impression − mais je suis bête, je n'ai pas noté l'endroit − que l'édition Kindle que j'ai eue dans les mains a quelques vrais problèmes, des phrases qui ne veulent vraiment rien dire, pour la peine, parce qu'il manque un mot ou qu'il y en a un en trop.)

Bref.

J'ai beaucoup aimé. Pour les raisons classiques pour lesquelles on aime les planet opera (ou, d'ailleurs, les fantasies de Miéville, Perdido Street Station et ainsi de suite) : plaisir de la découverte, d'un univers, ses peuples et sa politique[6]. Pour les raisons pour lesquelles on aime les bouquins de Miéville : un style très distinctif (et qui me fait tripper, pour parler comme les jeunes d'aujourd'hui) ; un jeu continuel sur la langue, ici à deux niveaux (le fond et la forme) ; des personnages auxquels on n'a pas de mal à croire[7].

China Miéville vient de gagner un prix Locus, pour Kraken. Je serai étonné qu'il ne gagne pas un prix du même type (Hugo, Nebula, ce ne sont pas les prix qui manquent) pour son premier roman de science-fiction.

Notes

[1] Singulier : Ariekes, adjectif : ariekene.

[2] Miéville étant un auteur très visuel, on a donc droit à des descriptions d'usines qui chient des outils, d'œufs de véhicules, etc.

[3] et nommé Bren, dans ce qu'il m'est impossible de me demander si ce ne serait pas une référence à C. J. Cherryh.

[4] Qui est desservi très irrégulièrement par les vaisseaux ; il faut compter plusieurs années locales − j'ai la flemme de faire la conversion exacte, mais il y a un peu plus de trois années terrestre dans une année ariekene − entre deux passages. C'est donc au minimum cette période pour laquelle on s'engage en descendant sur Arieka.

[5] Juste après j'ai lu une dizaine de pages de Tristram Shandy, de Laurence Sterne, et ça m'a paru limpide.

[6] Il y a toujours de la politique chez Miéville ; mais, contrairement à ce que l'on pourrait croire quand on apprend que c'est un militant gauchiste notoire, ses romans ne sont pas engagés politiquement (sauf peut-être Iron Council.) Dit autrement, la politique, au sens « vie de la cité », est un élément indispensable de ses livres, mais ils ne poussent pas une thèse particulière.

[7] Oui, je sais, c'était le principal défaut de Perdido Street Station. Mais il a fait beaucoup de progrès, et je n'ai eu aucun problème à m'identifier à Avice.

samedi, juillet 2 2011

Pride and Prejudice (Orgueil et préjugés), Jane Austen

… parce que je ne lis pas que de la SF.

S'il est une vérité universellement reconnue, c'est qu'un jeune homme disposant d'une certaine fortune est nécessairement à la recherche d'une épouse ; c'est pourquoi Mme Bennet, mère de cinq filles qui, pour une bête raison de loi salique, se retrouveront sans revenus propres à la mort de leur père, est justement en quête de cinq jeunes hommes disposant chacun d'une fortune certaine. En particulier pour Elizabeth, la puînée, qui se retrouve à avoir de nombreux préjugés vis-à-vis de l'orgueilleux M. Darcy ; mais s'ils étaient faits l'un pour l'autre ?

Bref. Tout le monde (?) connaît plus ou moins l'histoire, dans la petite bourgeoisie de la campagne anglaise, de ces jeunes filles pour qui l'on cherche un bon parti. Au fond, l'intrigue (pleine des rebondissements auxquels l'on s'attend) n'est pas très intéressante, je n'en dirai donc pas grand-chose.

Deux qualités rendent toutefois la lecture de ce livre très stimulante, et, je suppose, lui confèrent son statut de « classique » : l'aspect socio-historique pour ne pas dire ethnographique (les rentiers victoriens sont à peu près des extraterrestres, et ce roman est une très bonne illustration de cela) et le ton général, constamment empreint d'un humour subtil mais très appréciable. En fait, on a l'impression d'être assis dans un salon anglais, et de se faire raconter cette histoire d'amours contrariées par Mlle Austen, qui émaille son récit de remarques à la limite de l'impertinence et dont on suspecte l'œil de briller de malice. Le tout à l'aide d'une galerie de personnages dans laquelle on reconnaît les antécédents des archétypes favoris de P. G. Wodehouse, qui, je l'ai déjà dit, est aux Anglais ce que Boris Vian est à nous autres francophones, c'est-à-dire, Dieu.

(À noter d'ailleurs que Terry Pratchett a souvent affirmé que Wodehouse était son inspiration principale ; et si l'on établit une filiation entre Austen et Wodehouse, on revient sur les territoires habituels de ce blog.)

Bref, donc, non seulement je ne me suis pas ennuyé, mais en plus j'ai beaucoup aimé.

Rempart, Laurent Genefort

Hop, une nouvelle parue dans Bifrost, qui a gagné le Grand Prix de l'Imaginaire, et que le Bélial' a offert (en version numérique) pendant un mois.

Donc, ben, quand on me donne des trucs gratuits, je les prends, hein.

Et alors ? Alors, c'est bien. On pourrait éventuellement lui reprocher d'être arrivé peu de temps après District 9, ce qui sape un peu son originalité, mais bon… bizarrement, ça m'a aussi fait penser à la nouvelle de Jérôme Noirez, Terre de Fraye, in Retour sur l'Horizon. Et pourtant ça n'a pas grand'chose à voir, à part le plaisir de la lecture.

Bref, de quoi ça cause ? D'extraterrestres un peu paumés qui s'installent sur Terre, faute de mieux, dans des habitats de fortune quand ils ont de la chance. Et ça transforme le monde, pas qu'en bien, quoique, jusqu'à quel niveau peut-on établir un jugement de valeur ? Le tout est raconté par un soldat de la force Rempart, chargée par les Nations-Unies de « contenir » les débordements extraterrestres. Tout un programme.

On murmure dans les milieux autorisés que Laurent Genefort serait en train d'écrire un roman basé sur sa nouvelle. Quand ça paraîtra, je m'en porterai certainement acheteur.

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